L’Histoire d’Angleterre de Catherine Macaulay (part.1/2)

INTRODUCTION

Catharine ou Catherine Macaulay, née Sawbridge le 2 avril 1731 (et décédé le 22 juin 1791), qui épousa en 1760 le physicien écossais, George Macaulay[1] et qui à partir de 1778 sera appelé Macaulay-Graham[2].

Cette dernière fut l’une des femmes les plus célèbres d’Angleterre, et cela, elle ne le doit qu’à son talent ; en ce sens, sa correspondante, et célèbre femme de lettres et féministe Mary Wollstonecraft en fait la femme la plus compétente de l’histoire de l’Angleterre[3]. Même s’il est vrai, que du fait de leurs opinions communes, l’avis de Wollstonecraft est plus guidé par son admiration envers la pionnière du féminisme anglais, que par une profonde objectivité[4].

Si elle ne doit rien à son premier mari s’agissant de sa célébrité, c’est malgré tout suite à son mariage avec celui-ci, que le Dr. Macaulay, très proche des mouvances radicales va l’introduire auprès de son cercle d’amis, où elle fera la connaissance de Tobias Smollett, William Hunter, et Thomas Hollis notamment[5]. Cette entrée au sein de la société whig, va l’encourager à écrire une histoire d’Angleterre, qui dans un premier temps sera publié jusqu’en 1771 en cinq volume, qui traitent de la période allant de la mort d’Elizabeth Ière et sa succession par Jacques Ier, à la première Révolution anglaise[6].

La subjectivité de son récit – influencé par ses idées antimonarchistes, radicales et favorables à la liberté – démontre sa volonté d’écrire une histoire d’Angleterre différente, en opposition même avec celle du Tory David Hume.

En outre, elle se signale par l’écriture de nombreux pamphlets, dans lesquels elle s’oppose à Burke notamment.

Mais, en 1776, son mari décède, et lorsque Catherine Macaulay va reprendre son histoire d’Angleterre, elle sera connue sous le nom de Catherine Macaulay-Graham, en raison de son mariage en 1778, avec l’apprenti médecin William Graham[7].

Toutefois, la suite de son histoire d’Angleterre qui se fait par l’intermédiaire de lettres avant la publication des trois derniers volumes, ne reçoit pas l’écho escompté, et ce même si elle fut accueillie très favorablement outre-Atlantique – Macaulay ayant même pu rencontrer durant dix jours, Georges Washington, avec lequel elle a pu ensuite correspondre[8].

Ainsi, face à l’œuvre historique de Macaulay qui attisa les passions, la question suivante se pose : Son histoire d’Angleterre, est-elle conforme à la réalité ?

S’il est indéniable, que Macaulay possède des talents qui en font la première historienne d’Angleterre[9], bénéficiant en outre d’une grande réception, il n’en demeure pas moins que la subjectivité dont elle fait preuve dans son récit, devra être analysée dans la seconde partie de l’article qui sera mis en ligne dans la semaine.

I- La réception positive de l’Histoire d’Angleterre de Catherine Macaulay-Graham

A la lecture de l’Histoire d’Angleterre de Macaulay, le lecteur est rapidement charmé par le style de l’auteur lui donnant davantage l’impression de lire un roman historique, qu’un livre d’histoire à proprement parler (§1), mais il s’agit bien d’un ouvrage qui se veut fidèle à la réalité et qui aura pour but de servir la cause radicale (§2).

A) Un talent littéraire indéniable

Lorsque paraît le premier volume de A History of England, en 1763, Macaulay devint la première historienne de l’histoire d’Angleterre, mais surtout, elle étonna le public par son talent à raconter un récit[10].

A n’en pas douter, c’est forte de son éducation qu’elle put écrire une telle œuvre. En effet, dès son plus jeune âge, Catherine Macaulay, fut une lectrice assidue de l’histoire antique, et notamment celle de Rome et de la Grèce, ce qui explique sûrement son enthousiasme pour la liberté et pour l’idéal républicain[11].

Mais ce qui fait la spécificité de son Histoire d’Angleterre, c’est cette étrange impression que peut avoir le lecteur à se croire au centre de l’action. En effet, Macaulay utilise une stylistique rare, a recours à un nombre de détails indénombrables et raconte l’histoire comme si elle l’avait vu elle-même, donnant alors au lecteur l’impression de la vivre.

En outre, Macaulay se permet d’user de tout qualificatif lorsqu’elle évoque les personnes des rois – que ce fut Charles Ier ou Jacques Ier – donnant encore plus l’impression au lecteur de lire un roman. En effet, alors qu’elle aurait pu faire preuve d’une certaine déférence lorsqu’elle évoque les rois, Macaulay les considère comme de simples personnages d’un roman dont elle est le narrateur !

Ainsi, elle n’hésite pas à pointer du doigt Jacques Ier  pour sa « bassesse »[12], sa « jalousie »[13], sa « faiblesse d’esprit »[14], sa « faiblesse » dans les négociations avec Richelieu [15], « l’absurdité de ses projets »[16], et enfin et sans doute la critique la plus cruelle, son manque de « talent »[17]. Quant à Charles Ier, il est décrit comme un opportuniste, prêt à se débarrasser de son propre père pour gouverner à sa place[18], mais en définitive, il reste au moins aussi fou et stupide que son père[19]. Cette manière qu’elle a de raconter l’histoire, finit par humaniser des rois, qui se préfèrent pourtant, en vertu d’un droit divin, supérieurs à la masse de leurs sujets.

En outre, fidèle à ses convictions, Catherine Macaulay, va livrer une lecture assez subjective de cette période historique, puisqu’elle semble davantage préoccupée par les idées de liberté, et d’idéal républicain, et prend alors parti pour les opposants aux Stuarts, dans lesquelles elle voit des combattants valeureux, risquant leur vie pour abattre un régime tyrannique et injuste[20].

Ainsi, en humanisant les rois, en faisant usage de détails à foison, d’un style plutôt romanesque qu’historique, Macaulay obtient l’attention du lecteur auquel elle essaie de faire passer un message, à savoir que tout peuple libre se doit d’être gouverné par la loi et non par l’arbitraire[21]. Aussi, Macaulay accomplit sa mission, celle de propager les idées radicales de la première Révolution anglaise, et notamment celles des Niveleurs.

B) Un service rendu à la cause révolutionnaire.

Ce qu’il faut essentiellement retenir de Catherine Macaulay, c’est qu’elle fut le plus grand soutien aux idées radicales du XVIIème siècle en Angleterre. En effet, celle-ci à la manière du niveleur Sexby, auteur de Tuer n’est pas Assassiner, va justifier le tyrannicide, et notamment bien sûr celui de Charles Ier.

A l’évidence, Macaulay semble être alors une tenante des théories concernant le consentement populaire et le droit de résistance à l’oppression[22].

En outre, Catherine Macaulay va justifier la position d’un Milton, puisque selon elle, « l’ère du développement moderne doit s’achever […] par l’extinction des classes, sous la forme d’une absorption des classes […] dans la bourgeoisie »[23]. Aussi, c’est tout naturellement, que Macaulay sera louée par les sympathisants de la cause radicale, tel le poète Thomas Gray, qui considère son histoire d’Angleterre comme « la plus sensé, intemporelle et meilleure histoire d’Angleterre que nous n’ayons jamais eu »[24] ; ou encore John Adams qui dit de Macaulay, qu’elle fut « un des plus brillants ornements de son sexe, de son âge et de son pays »[25].

Mais le plus grand service qu’elle rend à la cause radicale, est certainement celui de rendre aux Niveleurs la place qui leur était due dans l’histoire de l’Angleterre. En effet, ce mouvement radical, qui fut le plus important durant la première Révolution anglaise fut totalement oublié, et c’est grâce à Catherine Macaulay entre autres, qu’une redécouverte de sa pensée a pu s’opérer, comme l’a relevé Christopher Hill :

« A travers les écrits de Catherine Macaulay et d’autres, les idées des niveleurs ont pu être adoptés par la tradition radicale des années 1760, et jouèrent leur rôle dans la préparation des Révolutions américaine et française »[26]. Sur cette réflexion, Hill rejoint alors Beckwith qui fit de Macaulay le plus grand défenseur des Révolutions Atlantiques[27].

Et bien évidemment, Christopher Hill ne s’est pas trompé. En effet, s’agissant des Etats-Unis, l’historienne Mercy Otis Warren s’inspira de Macaulay pour écrire son History of the rise, progress and termination of the American Revolution[28]. Et Macaulay fut d’ailleurs reçu en 1784 par Georges Washington[29], avec lequel elle correspondit fréquemment[30]. De plus, le troisième président des Etats-Unis Thomas Jefferson rendit également hommage à son histoire d’Angleterre en faisant la commande des huit volumes pour le compte de l’Université de Virginie, et en en recommandant même leur lecture[31].

Enfin, en France, c’est grâce à la traduction de son histoire, supervisé par Mirabeau, que ce dernier a pu avoir connaissance de l’Agreement of the People des Niveleurs[32], une « constitution » rassemblant des idées qui rejoignaient celles que les révolutionnaires français avaient brandis pour justifier leurs soulèvements.

A l’évidence, Catherine Macaulay a étonné ses lecteurs par le phrasé richissime qui orne son histoire d’Angleterre en en faisant un véritable chef d’œuvre littéraire avant tout. En outre, Macaulay a su susciter la sympathie des penseurs radicaux et révolutionnaires par ses prises de positions républicaines préfigurant le libéralisme. Toutefois, l’Histoire de Macaulay n’est pas une histoire objective, puisque d’une part elle s’inscrit surtout en opposition avec l’histoire d’Angleterre  d’un David Hume jugé trop conservateur. Mais, il est également possible alors de rétorquer à Macaulay que celle-ci s’est laissé aveugler par son obsession de la liberté, qui l’amena à caricaturer la monarchie Stuart.

RÉFÉRENCE

[1] A qui elle doit son nom d’écriture.

[2] The Editors of Encyclopædia Britannica. Catharine Macaulay [En ligne]. The Editors of Encyclopædia Britannica [consulté le 20 mai 2016]. Disponible sur :  http://global.britannica.com/biography/Catharine-Macaulay

[3] Macaulay, Catharine.[En ligne]. Encyclopedia.com, 2004, 2005 [consulté le 29 mai 2016]. Disponible sur : http://www.encyclopedia.com/doc/1G2-3446400134.html “woman of the greatest ability, undoubtedly, that this country has ever produced”.

[4] Catharine Macaulay – Introduction » Literary Criticism (1400-1800). [En ligne]. Thomas J. Schoenberg. Vol. 65. Gale Cengage 2001 [consulté le 29 mai 2016]. Disponible sur : http://www.enotes.com/topics/catharine-macaulay

[5] Macaulay, Catharine.[En ligne]. Encyclopedia.com, 2004, 2005 [consulté le 29 mai 2016]. Disponible sur :  http://www.encyclopedia.com/doc/1G2-3446400134.html

[6] Ibid.

[7] Catharine Macaulay – Introduction » Literary Criticism (1400-1800). [En ligne]. Thomas J. Schoenberg. Vol. 65. Gale Cengage 2001 [Consulté le 29 mai 2016]. Disponible sur : http://www.enotes.com/topics/catharine-macaulay

[8] Macaulay, Catharine.[En ligne]. Encyclopedia.com, 2004, 2005 [Consulté le 29 mai 2016]. Disponible sur :  http://www.encyclopedia.com/doc/1G2-3446400134.html

[9] Gio. Catharine Macaulay, The First English Female Historian. [En ligne]. [Consulté le 29 mai 2016]. Disponible sur : http://historyandotherthoughts.blogspot.fr/2015/04/catharine-macaulay-first-english-female.html

[10] Ibid. “She became the first female English historian. No one believed that a woman should, or could, write such a book, but when they read it, they were hooked. Catherine had a flair for storytelling”.

[11] The Editors of Encyclopædia Britannica. Catharine Macaulay [En ligne]. The Editors of Encyclopædia Britannica [Consulté le 20 mai 2016]. Disponible sur :  http://global.britannica.com/biography/Catharine-Macaulay “She was privately educated, and her readings in Greek and Roman history inculcated in her an enthusiasm for libertarian and republican ideals”

[12] Catherine Macaulay-Graham, Histoire d’Angleterre depuis l’Avènement de Jacques I, Jusqu’à la Révolution, Volume 1, Traduction de Mirabeau, Gattey (paris 1791), Librairie au Palais Royal, p. 122.

[13] Ibid, p. 149.

[14] Ibid, p. 215.

[15] Ibid, pp. 239-240.

[16] Ibid, p. 241.

[17] Ibid, p. 252.

[18] Ibid, p. 218.

[19] Catherine Macaulay-Graham, Histoire d’Angleterre depuis l’Avènement de Jacques I, Jusqu’à la Révolution, Volume 2, Traduction de Mirabeau, Gattey (paris 1791), Librairie au Palais Royal, p. 16.

[20] Gio. Catharine Macaulay, The First English Female Historian. [En ligne]. [Consulté le 29 mai 2016]. Disponible sur : http://historyandotherthoughts.blogspot.fr/2015/04/catharine-macaulay-first-english-female.html « men that, with the hazard and even the loss of their lives, attacked the formidable pretensions of the Stewart family, and set up the banners of liberty against a tyranny which had been established for a series of more than one hundred and fifty years »

[21] Karen Green, Catharine Macaulay. [En ligne]. Stanford Encyclopedia of Philosophy, 2012, 2016 [Consulté le 29 mai 2016]. Disponible sur : http://plato.stanford.edu/entries/catharine-macaulay/#MacHisResHum

[22] Gio. Catharine Macaulay, The First English Female Historian. [En ligne]. [Consulté le 29 mai 2016]. Disponible sur : http://historyandotherthoughts.blogspot.fr/2015/04/catharine-macaulay-first-english-female.html  “justified the execution of Charles I by claiming that when a King becomes a tyrant he forfeits every right to government”

[23] Pierre Vitoux, Histoire des idées en Grande-Bretagne politique économie société, Ellipses (1999), p. 192. Milton tient exactement le même raisonnement selon Pierre Vitoux.

[24] Catharine Macaulay – Introduction » Literary Criticism (1400-1800). [En ligne]. Thomas J. Schoenberg. Vol. 65. Gale Cengage 2001 [consulté le 29 mai 2016]. Disponible sur : http://www.enotes.com/topics/catharine-macaulay “the most sensible, unaffected and best history of England that we have had yet.”

[25] Ibid. “one of the brightest ornaments not only of her sex but of her age and country.”

[26] Christopher Hill, The Century of Revolution 1603-1714, Routledge London (1980), p. 164. “Through the writings of Catherine Macaulay and others the ideas of the Levellers passed into the radical tradition of the seventeen-sixties, and played their part in preparing the American and French Revolutions”

[27] Mildred C. Beckwith, The South Carolina Historical Association, 1958, pp. 12-29.

[28] Catharine Macaulay – Introduction » Literary Criticism (1400-1800). [En ligne]. Thomas J. Schoenberg. Vol. 65. Gale Cengage 2001 [consulté le 29 mai 2016]. Disponible sur : http://www.enotes.com/topics/catharine-macaulay

[29] Kearny Hugh, The British Isles a History of Four Nations, Cambridge University Press, 1989, p. 178.

[30] Gio. Catharine Macaulay, The First English Female Historian. [En ligne]. [Consulté le 29 mai 2016]. Disponible sur : http://historyandotherthoughts.blogspot.fr/2015/04/catharine-macaulay-first-english-female.html

[31] Catharine Macaulay – Introduction » Literary Criticism (1400-1800). [En ligne]. Thomas J. Schoenberg. Vol. 65. Gale Cengage 2001 [consulté le 29 mai 2016]. Disponible sur : http://www.enotes.com/topics/catharine-macaulay  “Thomas Jefferson so admired her history that he ordered all eight volumes for the University of Virginia and recommended that they be made required reading.”

[32] Olivier Lutaud, les Niveleurs, Cromwell et la République, Julliard (1967), Archives Julliard, p. 15.

Auteur : Rachid Touaoula

Doctorant en Histoire du Droit, des Institutions et des Idées Politiques, je travaille sur les apports et les legs de la pensée politique et constitutionnelle des Niveleurs. Ce sujet m'amène donc à m'intéresser aux origines du républicanisme et du constitutionnalisme moderne.

Laisser un commentaire