La propriété chez Rousseau (part.2/2)

DEUXIÈME PARTIE : L’ÉGALITÉ ET PROPRIÉTÉ

À l’époque de Rousseau, l’humanité se préoccupait énormément de l’inégalité et du manque de liberté. En 1755, Rousseau déclare que l’inégalité est causée par la propriété privée. Il garde ce point de vue jusqu’à la fin de sa vie. Or, la tâche principale des philosophes politiques de son époque était de concevoir comment l’humanité pourrait avancer vers une société libre et égale. Il va le traiter dans son œuvre principale, Du contrat social, daté de 1762. Donc, dans cette partie, nous exposerons sa proposition d’association par le contrat social (Section 1) et comment cette association va gérer la propriété privée (Section 2).

Section 1 – Le contrat social

En présumant les conceptions sur la propriété, Rousseau énonce dans son œuvre Du contrat social les conditions qui pourraient donner la possibilité aux hommes de créer un pacte vraiment légitime. [1] À partir de ce contrat, les hommes qui ont perdu leur liberté et leur égalité naturelle vont gagner la liberté et l’égalité civile.[2]

La sortie de l’état de nature donne des préjudices, mais pas uniquement. Il y a aussi des aspects positifs, comme le développement de la moralité et de la rationalité. [3] Il est important de le préciser pour comprendre que Rousseau ne veut pas d’un retour à l’état de nature pour l’établissement de l’égalité.

Sa proposition est complétement différente d’un retour à l’état de nature, car la société ne retournera jamais à cet état.[4] Rousseau veut établir une forme d’association libre et égale en partant de la réalité de son temps. Ainsi, même la propriété, qui était conçue comme l’origine de l’inégalité doit continuer à exister après la consolidation de la nouvelle association. D’après le philosophe :

« Trouver une forme d’association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun, s’unissant à tous, n’obéisse pourtant qu’à lui-même, et reste aussi libre qu’auparavant. » Tel est le problème fondamental dont le Contrat social donne la solution.[5]

Ce qui est fondamental pour Rousseau, c’est la forme dans laquelle le contrat social doit être établi. La première exigence serait que chaque homme doit rentrer dans cette société dans les mêmes conditions. De plus, l’individu devrait se donner entièrement à la société. C’est la clause essentielle du contrat de Rousseau. À partir de cela, l’individu n’aurait jamais la volonté de saboter le domaine public pour son profit. Au contraire, comme tous les hommes voudraient se donner totalement, l’individu ne perdrait rien, il serait seulement plus fort avec la communauté. Selon Rousseau :

Ces clauses, bien entendues, se réduisent toutes à une seule – savoir, l’aliénation totale de chaque associé avec tous ses droits à toute la communauté : car, premièrement, chacun se donnant tout entier, la condition est égale pour tous ; et la condition étant égale pour tous, nul n’a intérêt de la rendre onéreuse aux autres. […]

Enfin, chacun se donnant à tous ne se donne à personne ; et comme il n’y a pas un associé sur lequel on n’acquière le même droit qu’on lui cède sur soi, on gagne l’équivalent de tout ce qu’on perd, et plus de force pour conserver ce qu’on a.[6]

La logique exprimée par Rousseau est que, en aliénant tous ses droits, l’homme transforme sa perte en gain pour la communauté, ce qui lui redonne tout ce qu’il a perdu.   Dans sa formulation théorique, après la célébration du contrat, l’individu est à la fois souverain et particulier. Souverain car il participe activement dans le corps politique en tant que citoyen dans l’élaboration des lois ; et particulier car il doit obéir aux mêmes lois qu’il a produites. [7] C’est une théorie partisane de la démocratie directe, l’homme ne donne pas sa liberté à un pouvoir aliéné, il s’associe à tous les autres hommes et exerce sa citoyenneté activement. [8]

C’est dans ces conditions formellement égalitaires que nous allons analyser le fonctionnement de la propriété dans cette société.

Section 2– Le rôle de la propriété dans une société égalitaire

Contrairement aux communistes du XIXème siècle, Rousseau ne voit pas l’extinction de la propriété privée comme nécessaire pour établir l’égalité civile. Comme elle fonde l’État elle continue à être la base de son fonctionnement.[9] Les individus s’aliènent complètement dans le but de garantir une plus grande légitimité de ce droit. Comme il le dit :

Ce qu’il y a de singulier dans cette aliénation, c’est que, loin qu’en acceptant les biens des particuliers, la communauté les en dépouille, elle ne fait que leur en assurer la légitime possession, changer l’usurpation en un véritable droit et la jouissance en propriété. [10]

Ce qui arrive à partir de ce contrat c’est que ce droit de propriété cesse d’être absolu et qu’il se subordonne à la collectivité.[11] Il continue d’être le plus sacré de tous les droits de citoyenneté mais, afin qu’il puisse garder un bon fonctionnement, l’État doit limiter ce droit de plusieurs manières. [12]

Ce postulat de Rousseau sur le droit de propriété est une conséquence directe de la critique qu’il fait de la concentration de richesse de la société du XVIIIème. Pour lui, l’immense inégalité fait que les pauvres vivent misérablement, mais aussi que les riches mènent une vie de privilèges. L’inégalité des richesses devient ainsi une inégalité de droits.[13]

De fait, l’État doit intervenir dans l’économie pour empêcher la concentration des richesses. Il ne peut pas faire cela d’une façon tyrannique, en pénalisant l’initiative privée par exemple. Sa mission est de garantir les conditions minimales pour que chaque individu puisse réussir à avoir le nécessaire. Son rôle est d’éviter les extrêmes. Selon le philosophe de Genève :

C’est donc une des plus importantes affaires du Gouvernement, de prévenir l’extrême inégalité des fortunes, non en enlevant les trésors à leurs possesseurs, mais en ôtant à tous les moyens d’en accumuler, ni en bâtissant des hôpitaux pour les pauvres, mais en garantissant les citoyens de le devenir. […] Ce devoir n’est pas, comme on doit le sentir, de remplir les greniers des particuliers, les dispenser du travail, mais de maintenir l’abondance tellement à leur portée, que pour l’acquérir le travail soit toujours nécessaire & ne soit jamais inutile.[14]

Mais comment l’État pourrait arriver à ce pouvoir dans la pratique ? Comment il pourrait intervenir dans la propriété des individus sans empiéter sur la liberté individuelle ? Rousseau donne une suggestion dans son Discours sur l’économie politique : l’institution d’un impôt proportionnel pour chaque individu.[15] Cet impôt ne devrait être proportionnel seulement par rapport à la rente, mais aussi par rapport à l’usage que chacun fait de sa propriété, en achetant des biens nécessaires ou superflus. Comme il considère :

Premièrement on doit considérer le rapport des quantités, selon lequel, toutes choses égales, celui qui a dix fois plus de bien qu’un autre, doit payer dix fois plus que lui. Secondement, le rapport des usages, c’est-à-dire, la distinction du nécessaire et du superflu.[16]

Rousseau se montre ici un vrai critique du consumérisme capitaliste, qui existait déjà à son époque. Tandis que la taxe des biens nécessaires pour la subsistance des individus peut être établie avec un consentement exprimé par la société, l’État a le devoir de taxer les biens superflus. Selon lui, le but des riches en achetant des biens superflus, c’est de les exposer ensuite. Donc, malgré l’augmentation des prix à cause des taxes, ils n’arrêteront jamais de les acheter. Car avec l’incidence de l’impôt, l’article de luxe gagne encore plus de valeur :

Qu’on établisse de fortes taxes sur la livrée, sur les équipages, sur les glaces, lustres et ameublements, sur les étoffes et la dorure, sur les cours et jardins des hôtels, sur les spectacles de toute espèce, sur les professions oiseuses, comme baladins, chanteurs, histrions, en un mot sucette foule d’objets de luxe, d’amusement et d’oisiveté, qui frappent tous les yeux, & qui peuvent d’autant moins se cacher, que leur seul usage est de se montrer, & qu’ils seraient inutiles s’ils n’étaient vus. […] Tant qu’il y aura des riches, ils voudront se distinguer des pauvres, et l’État ne saurait se former un revenu moins onéreux ni plus assuré que sur cette distinction.[17]

C’est par l’institution d’un impôt proportionnel que Rousseau voit la possibilité d’affirmer l’égalité et la liberté civile. L’État doit intervenir dans l’économie sans empiéter sur la liberté individuelle, mais dans le but de réduire les différences entre les extrêmes. Comme il écrit :

Voulez-vous donc donner à l’État de la consistance ? rapprochez les degrés extrêmes autant qu’il est possible : ne souffrez ni des gens opulents ni des gueux. Ces deux états, naturellement inséparables, sont également funestes au bien commun ; de l’un sortent les fauteurs de la tyrannie et de l’autre les tyrans ; c’est toujours entre eux que se fait le trafic de la liberté publique ; l’un achète et l’autre la vend.[18]

De cette façon, en évitant la misère, l’État assure le droit de propriété. Empêcher que quelqu’un accumule des fortunes garantit l’égalité des droits. C’est par la régulation de la propriété privée que l’homme peut atteindre une vie sociale libre et égale.

CONCLUSION

Ce travail a exposé l’importance de la question de la propriété dans la théorie politique de Rousseau. Nous pouvons affirmer certainement qu’il s’agit d’un des piliers de son œuvre.

Dans la première partie nous avons mis en évidence que la propriété est l’élément déterminant pour la sortie de l’homme de l’état de nature par la société civile. Elle donne l’origine à l’inégalité politique ou morale, au-delà de l’inégalité naturelle. Dès son établissement, l’humanité commence à vivre dans un état de guerre qui est remplacé uniquement par la création des lois et de l’état politique. Ainsi, la propriété est l’origine de l’inégalité et de l’État, qui vient seulement garantir son existence.[19]

Dans la deuxième partie nous avons montré la proposition politique de Rousseau. Pour atteindre une société libre et égalitaire, les hommes doivent réaliser un nouveau contrat, car la première convention était une convention proposée par les riches pour leur propre profit. Ce contrat a une caractéristique particulière : chaque individu doit s’aliéner entièrement pour la communauté. De cette façon, les particuliers n’ont pas de perte, ils seront seulement plus forts. Les droits individuels seront respectés, mais subordonnés aux droits de la communauté.

La même chose arrive avec la propriété, qui doit être régulée par l’État car les richesses extrêmes empêchent l’exercice du propre droit de propriété ainsi que l’égalité des droits entre les individus. Une des formes possibles pour faire cela sans empiéter sur la liberté individuelle est l’institution d’un impôt proportionnel à la propriété et à l’usage que chaque homme peut en faire. La taxe des biens superflus ne diminue pas la liberté de chacun, car la consommation de ces merchandises n’est pas nécessaire. [20] Comme cela, l’État peut réaliser sa tâche en rapprochant les extrêmes et établir l’égalité civile, nécessaire pour assurer la liberté civile.

En conclusion, la propriété a une place centrale dans l’analyse du monde des hommes de Rousseau. Sa conception originale de la propriété l’éloigne des théories qui justifient l’État libéral, comme par exemple Locke. Comme elle est la cause de l’origine de l’inégalité matérielle et le facteur déterminant pour l’inégalité des droits, l’État a le devoir d’intervenir dans le fonctionnement de la propriété privée. Seulement grâce à cette intervention qui vise à en finir avec les extrêmes, l’être humain peut transformer radicalement son histoire et faire que la sortie de l’état de nature soit convertie en faveur de l’égalité et de la liberté. Comme l’affirme Rousseau :

Sous les mauvais gouvernements cette égalité n’est qu’apparente et illusoire ; elle ne sert qu’à maintenir le pauvre dans sa misère et le riche dans son usurpation. Dans le fait les lois sont toujours utiles à ceux qui possèdent et nuisibles à ceux qui n’ont rien : D’où il suit que l’état social n’est avantageux aux hommes qu’autant qu’ils ont quelque et qu’aucun d’eux n’a rien de trop.[21]

 

RÉFÉRENCE

[1] Rousseau, Du contrat social, Paris, Flammarion, 2001. p. 42 – « L’homme est né libre, et partout il est dans les fers. Tel se croit le maître des autres, qui ne laisse pas d’être plus esclave qu’eux. Comment ce changement s’est-il fait ? Je l’ignore. Qu’est ce qui peut le rendre légitime ? Je crois pouvoir résoudre cette question. »

[2] Ibid., p. 57

[3] Ibid., p.  56 – « Ce passage de l’état de nature à l’état civil produit dans l’homme un changement très remarquable, en substituant dans sa conduite la justice à l’instinct, et donnant à ses actions la moralité qui leur manquait auparavant. C’est alors seulement que la voix du devoir succédant à l’impulsion physique et le droit à l’appétit, l’homme, qui jusque-là n’avait regardé que lui-même, se voit forcé d’agir sur d’autres principes, et de consulter sa raison avant d’écouter ses penchants. Quoiqu’ il se prive dans cet état de plusieurs avantages qu’il tient de la nature, il en regagne de si grands, ses facultés s’exercent et se développent, ses idées s’étendent, ses sentiments s’ennoblissent. »

[4] Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, op. cit. p. 159 – « un état qui n’existe plus, qui n’a peut- être point existé, qui probablement n’existera jamais. »

[5] Rousseau, Du contrat social, op. cit., p. 52

[6] Ibid., p. 52-53

[7] Ibid., p. 54 – « On voit, par cette formule, que l’acte d’association renferme un engagement réciproque du public avec les particuliers, et que chaque individu, contractant pour ainsi dire avec lui-même, se trouve engagé sous un double rapport : savoir, comme membre du souverain envers les particuliers, et comme membre de l’État envers le souverain. »

[8] M. Nascimento, Rousseau: da servidão à liberdade, op. cit., p. 162

[9] Rousseau, Discours sur l’économie politique, Paris, LIBRAIRIE PHILOSOPHIQUE J. VRIN, 2002. p. 72 – « Il faut se ressouvenir ici que le fondement du pacte social est la propriété, et sa première condition, que chacun soit maintenu dans la paisible jouissance de ce qui lui appartient. »

[10] Rousseau, Du contrat social, op. cit., p. 59

[11] Rousseau, Du contrat social, op. cit., p. 59-60 – « De quelque manière que se fasse cette acquisition, le droit que chaque particulier a sur son propre fonds est toujours subordonné au droit que la communauté a sur tous ; sans quoi il n’y aurait ni solidité dans le lien social, ni force réelle dans l’exercice de la souveraineté. »

[12]Rousseau, Discours sur l’économie politique, op. cit., p. 65 – « Il est certain que le droit de propriété est le plus sacré de tous les droits des citoyens, et plus important à certains égards que la liberté même ; soit parce qu’il tient de plus près à la conservation de la vie; soit parce que les biens étant plus faciles à usurper et plus pénibles à défendre que la personne, on doit plus respecter ce qui peut se ravir plus aisément. »

[13] Ibid., p. 74-75 – « Un troisième rapport qu’on ne compte jamais, et qu’on devrait toujours compter le premier, est celui des utilités que chacun retire de la confédération sociale, qui protège fortement les immenses possessions du riche, et laisse à peine un misérable jouir de la chaumière qu’il a construite de ses mains. Tous les avantages de la société ne sont-ils pas pour les puissants et les riches ? tous les emplois lucratifs ne sont-ils pas remplis par eux seuls ? toutes les grâces, toutes les exemptions ne leur sont-elles pas réservées ? et l’autorité publique n’est-elle pas toute en leur faveur ? Qu’un homme de considération vole ses créanciers ou fasse d’autres friponneries, n’est-il pas toujours sûr de l’impunité ? Les coups de bâton qu’il distribue, les violences qu’il commet, les meurtres mêmes et les assassinats dont il se rend coupable, ne sont-ce pas des affaires qu’on assoupit, et dont au bout de six mois il n’est plus question ? Que ce même homme soit volé, toute la police est aussitôt en mouvement, et malheur aux innocents qu’il soupçonne. Passe-t-il dans un lieu dangereux ? voilà les escortes en campagne : l’essieu de sa chaise vient-il à rompre ? tout vole à son secours ; fait-on du bruit à sa porte ? il dit un mot, & tout se tait: la foule l’incommode-t-elle? il fait un signe, et tout se range: un charretier se trouve-t-il sur son passage? ses gens sont prêts à l’assommer; et cinquante honnêtes piétons allant à leurs affaires seraient plutôt écrasés, qu’un faquin oisif retardé dans son équipage. Tous ces égards ne lui coûtent pas un sol ; ils sont le droit de l’homme riche, et non le prix de la richesse. Que le tableau du pauvre est différent! plus l’humanité lui doit, plus la société lui refuse: toutes les portes lui sont fermées, même quand il a le droit de les faire ouvrir; et si quelquefois il obtient justice, c’est avec plus de peine qu’un autre n’obtient droit grâce: s’il y a des corvées à faire, une milice à tirer, c’est à lui qu’on donne la préférence; il porte toujours, outre sa charge, celle dont son voisin plus riche a le crédit de se faire exempter: au moindre accident qui lui arrive, chacun s’éloigne de lui: si sa pauvre charrette renverse, loin d’être aidé par personne, je le tiens heureux s’il évite en passant les avanies des gens lestes d’un jeune duc: en un mot, toute assistance gratuite le fuit au besoin, précisément parce qu’il n’a pas de quoi la payer. »

[14] Ibid., p. 59, 65

[15] Ibid., p. 74 « Mais si la taxe par tête est exactement proportionnée aux moyens des particuliers, comme pourrait être celle qui porte en France le nom de capitation, et qui de cette manière est à la fois réelle et personnelle, elle est la plus équitable, et par conséquent la plus convenable à des hommes libres. »

[16] Ibid., p. 74 – Ou encore : « l’imposition n’en doit pas être faite seulement en raison des biens des contribuables, mais en raison composée de la différence de leurs conditions et du superflu de leurs biens. »

[17] Ibid., p. 79-80

[18] Ibid., p. 87

[19] Ibid., p. 42  – « L’administration générale n’est établie que pour assurer la propriété particulière qui lui est antérieure. »

[20] Ibid., p. 80 – « J’ai dit que les taxes personnelles et les impôts sur les choses d’absolue nécessité, attaquant directement le droit de propriété, et par conséquent le vrai fondement de la société politique, sont toujours sujets à des conséquences dangereuses. […] Il n’en est pas de même des droits sur les choses dont on peut s’interdire l’usage ; car alors le particulier n’étant point absolument contraint à payer, sa contribution peut passer pour volontaire. »

[21] Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, op. cit., p. 60

BIBLIOGRAPHIE

Œuvres de Jean-Jacques Rousseau

Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, Paris, Flammarion, 1992. 281p.

Du contrat social, Paris, Flammarion, 2001. 255p.

Discours sur l’économie politique, Paris, LIBRAIRIE PHILOSOPHIQUE J. VRIN, 2002. 225p.

Bibliographie générale

J. S. TEIXEIRA, Economia e Filosofia no pensamento político moderno, Pontes, Fortaleza: Universidade Estadual do Ceará, 1995. 321p.

MASCARO, Introdução à Filosofia do direito: Dos Modernos aos Contemporâneos, 1.ª ed. São Paulo: Atlas, 2002. 173p.

Nascimento, Rousseau: da servidão à liberdade, In: Os Clássicos da Política, vol. 1, Ática, São Paulo, 2004. 465p.

ITAUSSU, Locke e o individualismo liberal, In: Os Clássicos da Política, vol. 1, Ática, São Paulo, 2004. 465p.

J. RIBEIRO, Hobbes: O medo e a esperança, In Os Clássicos da Política, vol. 1, Ática, São Paulo, 2004.465p.

HORTA, História do Estado de Direito, 1ª ed. São Paulo: Alamede, 2011. 352p.

La propriété chez Rousseau (part.1/2)

                                INTRODUCTION

Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) est certainement un penseur politique original. De tous les jusnaturalistes, il est sans doute le plus critique de la société de son temps. Pour cela, il voit le besoin d’un changement plus profond que ses confrères pour en résoudre les problèmes sociaux. Il défend une démocratie radicale, ce qui lui vaut d’être idolâtré par les jacobins, principalement Robespierre et Marat.[1]

Sa conception de la propriété est une des causes qui l’a amené à présenter une philosophie politique totalement innovatrice. Elle a une place essentielle dans son œuvre. C’est à partir de sa conception de la propriété que nous pouvons comprendre ses formulations sur l’égalité et la liberté humaine, parce que sa conception de l’État et de la démocratie sont intimement liés aux conséquences venues de la propriété.

Dans ce travail, nous traiterons dans la première partie des effets que causent la propriété dans le monde des hommes, et dans la deuxième partie son existence dans une société égalitaire.

PREMIÈRE PARTIE : PROPRIÉTÉ ET INÉGALITÉ

Comme tous les autres jusnaturalistes, Rousseau part de l’abstraction de l’état de nature pour concevoir son système philosophique. Ces philosophes ont procédé comme cela pour justifier la nécessité de l’État pas comme l’attribution d’une divinité, mais comme un besoin propre de l’homme.[2] Dans l’état de nature conçu par Rousseau, il y a uniquement des inégalités naturelles, établies par la nature même. [3] La création de la propriété est le facteur fondamental pour l’altération de ces conditions et pour la création de la société civile. Dans ce sens-là, la première partie du travail a pour but d’expliciter ce qu’est l’état de nature chez Rousseau (Section 1) et la création de la société civile et de l’inégalité morale ou politique causée par la propriété (Section 2).

Section 1 – L’état de nature chez Rousseau

Pour connaître l’homme et ses institutions, Rousseau considère nécessaire de connaître la vraie essence humaine. Comme il le dit : « démêler ce qu’il y a d’originaire et d’artificiel dans la nature actuelle de l’homme. » En somme, comme d’autres jusnaturalistes, comprendre la vraie essence humaine c’est comprendre l’état de nature.[4]

Pour arriver à cette connaissance, Rousseau dit qu’il n’est pas important d’analyser les recherches historiques, car elles ne pourraient donner qu’une vision partielle sur le sujet. Pour lui, l’unique moyen possible pour cela est l’observation propre de la nature.[5]

Par ce recours, Rousseau a conçu l’état de nature d’une manière totalement différente des tous les autres philosophes qui, comme il le dit : « ont transporté à l’état de nature des idées qu’ils avaient prises dans la Société. »[6] La première partie de son Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes se concentre exactement sur la destruction de la fausse conception que les philosophes ont écrit avant lui sur l’état de nature.[7]

Pour lui, l’homme dans l’état de nature est un être primitif, c’est-à-dire sans relations morales. La sociabilité n’était pas établie de la même façon qu’aujourd’hui, où les hommes sont dépendants les uns des autres. Rousseau pense exactement le contraire. L’homme à l’époque cherchait seulement la propre subsistance individuelle, sans même chercher à créer de famille.[8]

Par ce manque d’association, l’homme était fragile, et contrairement à ce que pense Hobbes, il n’était pas capable d’être naturellement mauvais. Rousseau considère que : « rien n’est si timide que l’homme dans l’état de nature, et qu’il est toujours tremblant, et prêt à fuir au moindre bruit qui le frappe, au moindre mouvement qu’il aperçoit. »[9]

Dans ce monde-là, l’homme était guidé primordialement par la pitié. À cause de son instinct d’auto-préservation, l’homme présentait une « répugnance naturelle à voir périr ou souffrir tout être sensible et principalement nos semblables. » La pitié est affirmée par le philosophe comme le principe organisateur de l’état de nature. Comme affirme Rousseau :

C’est elle [la pitié] qui, dans l’état de nature, tient lieu de lois, de mœurs, et de vertu, avec cet avantage que nul n’est tenté de désobéir à sa douce voix : c’est elle qui détournera tout sauvage robuste d’enlever à un faible enfant, ou à un vieillard infirme, sa subsistance acquise avec peine, si lui-même espère pouvoir trouver la sienne ailleurs ; c’est elle qui, au lieu de cette maxime sublime de justice raisonnée : Fais à autrui comme tu veux qu’on te fasse, inspire à tous les hommes cette autre maxime de bonté naturelle bien moins parfaite, mais plus utile peut-être que la précédente : Fais ton bien avec le moindre mal d’autrui qu’il est possible.[10]

Dans ce monde les hommes vivaient probablement les plus heureux, en l’absence des sentiments de notre société actuelle, comme par exemple la vanité, le mépris et la notion du tien et du mien. C’est ce monde-là qui va être bouleversé par la création de la propriété privée.

Nous parlerons de cette altération dans la prochaine section.

Section 2 – Propriété privée et inégalité morale ou politique

Entre l’état de nature et la société civile, l’humanité est passée par plusieurs processus. L’affrontement des difficultés quotidiennes a donné à l’homme la capacité de valoriser les éléments naturels et de ratiociner.[11] C’est à partir du développement de cette capacité rationnelle que l’homme a initié les premières formes de société.[12]

À partir de ces premiers progrès, l’homme commence une évolution de plus en plus rapide. Le progrès de la raison amène le développement des instruments de production et vice-versa. Sa capacité à comprendre la nature augmente au point qu’il peut commencer à créer les premières formes de propriétés, les maisons. Comme le dit Rousseau :

Ces premiers progrès mirent enfin l’homme à portée d’en faire de plus rapides. Plus l’esprit s’éclairait, et plus l’industrie se perfectionna. Bientôt cessant de s’endormir sous le premier arbre, ou de se retirer dans des cavernes, on trouva quelques sortes de haches de pierres dures et tranchantes, qui servirent à couper du bois, creuser la terre et faire des huttes de branchages, qu’on s’avisa ensuite d’enduire d’argile et de boue. Ce fut là l’époque d’une première révolution qui forma l’établissement et la distinction des familles, et qui introduisit une sorte de propriété ; d’où peut-être naquirent déjà bien des querelles et des combats.[13]

Ce processus est arrivé à un niveau encore plus grand avec la découverte de l’agriculture. L’agriculture est une activité qui suppose un travail collectif pour sa réalisation. Pour résoudre la division des fruits du travail, les hommes ont commencé à créer les premières notions de justice. Le premier critère conçu par Rousseau est que le travail garantit la possession de la terre qui, avec son renouvèlement dans le temps, devient la propriété de celui qui la cultive.[14]

Rousseau pense que si les qualités individuelles et la consommation de moyens de subsistance étaient égales pour tous, le monde pourrait rester dans un état d’égalité pleine. Pour cette raison, Rousseau dit que ce moment-là était probablement le plus heureux pour l’humanité.[15]

Pourtant, cette égalité n’a pas été conservée éternellement, car « le plus fort faisait plus d’ouvrage ; le plus adroit tirait meilleur parti du sien ; le plus ingénieux trouvait des moyens d’abréger le travail. »  La propriété a donné aux hommes une soif de pouvoir et une ambition d’augmenter la fortune, ce qui a créé la concurrence. Celle-ci est le premier effet de la propriété sur le monde des hommes.[16]

Avec la concurrence, les fortunes ont augmenté et les pauvres ont eu la nécessité de passer par les riches pour subsister – en volant ou en rentrant en servitude. Pour Rousseau, c’est le début de la servitude et de la domination. Voilà l’origine de l’inégalité sociale ou politique, une inégalité qui va au-delà de l’inégalité naturelle.[17]

Le moment de la création de l’inégalité politique ou sociale est aussi le moment où la nature humaine se transforme. La pitié est complètement effacée de la société humaine et les hommes deviennent « avares, ambitieux et méchants. » Ainsi, pour Rousseau, c’est le début de l’état de guerre.[18]

Après être rentrés dans cette situation, les hommes ont commencé à comprendre que la guerre n’était avantageuse pour personne. Principalement les riches, qui avaient l’obligation d’en payer toutes les dépenses et qui devaient risquer leur vie et leur propriété.[19]

Ainsi naît ce que Rousseau qualifie de « projet le plus réfléchi qui soit jamais entré dans l’esprit humain » – l’État politique et le Droit. Selon lui, l’État est un projet idéalisé par les riches. Plus spécifiquement une façon « d’employer en sa faveur les forces mêmes de ceux qui l’attaquaient, de faire ses défenseurs de ses adversaires. »[20]

Donc, pour Rousseau, les lois sont le fruit d’un discours que les riches ont employé pour arrêter l’état de guerre et consolider leur suprématie sociale. Comme il l’écrit :

‘‘Unissons-nous, leur dit-il, pour garantir de l’oppression les faibles, contenir les ambitieux, et assurer à chacun la possession de ce qui lui appartient. Instituons des règlements de justice et de paix auxquels tous soient obligés de se conformer, qui ne fassent acception de personne, et qui réparent en quelque sorte les caprices de la fortune en soumettant également le puissant et le faible à des devoirs mutuels. En un mot, au lieu de tourner nos forces contre nous-mêmes, rassemblons-les en un pouvoir suprême qui nous gouverne selon de sages lois, qui protège et défende tous les membres de l’association, repousse les ennemis communs et nous maintienne dans une concorde éternelle.’’

Il en fallut beaucoup moins que l’équivalent de ce discours pour entraîner des hommes grossiers, faciles à séduire, qui d’ailleurs avaient trop d’affaires à démêler entre eux pour pouvoir se passer d’arbitres, et trop d’avarice et d’ambition, pour pouvoir longtemps se passer de maîtres. Tous coururent au-devant de leurs fers croyant assurer leur liberté ; car avec assez de raison pour sentir les avantages d’un établissement politique, ils n’avaient pas assez d’expérience pour en prévoir les dangers ; les plus capables de pressentir les abus étaient précisément ceux qui comptaient d’en profiter, et les sages mêmes virent qu’il fallait se résoudre à sacrifier une partie de leur liberté à la conservation de l’autre, comme un blessé se fait couper le bras pour sauver le reste du corps.[21]

De fait, pour Rousseau, l’état politique et les lois sont le résultat d’une convention défavorable entre les pauvres et les riches. Son existence n’a pas pour but de garantir la justice et l’égalité, mais de conserver la propriété des plus riches. Comme il le dit :

Telle fut, ou dut être, l’origine de la société et des lois, qui donnèrent de nouvelles entraves au faible et de nouvelles forces au riche, détruisirent sans retour la liberté naturelle, fixèrent pour jamais la loi de la propriété et de l’inégalité, d’une adroite usurpation firent un droit irrévocable, et pour le profit de quelques ambitieux assujettirent désormais tout le genre humain au travail, à la servitude et à la misère.[22]

Dans ce point-là, Rousseau se détache de tous les autres contractualistes. Pour lui, la société politique n’a pas été créée par un acte libre de volonté des individus. Elle naît d’une convention entre tous les hommes, mais c’est à la base une proposition des riches pour garantir la sécurité de leurs vies et propriétés. Selon le juriste Alysson Mascaro : « [Rousseau] est, dans la théorie contractualiste moderne, le coup de vérité, au niveau économique de sa propre société ».[23]

Nous constatons ici que la conception de la propriété chez Rousseau a une place centrale pour la compréhension de sa théorie politique. C’est parce qu’il lui accorde une grande importance qu’il commence son Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes avec cette exclamation :

Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire : Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d’horreurs n’eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : Gardez-vous d’écouter cet imposteur ; vous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n’est à personne.[24]

L’inégalité, qui avait une influence presque nulle dans l’état de nature, est devenue beaucoup plus forte avec la création de la propriété. [25] Aussi l’État, thème qu’il va traiter exhaustivement dans ses œuvres, est une conséquence directe de la création de la propriété dans le monde des hommes.

Sources

[1] M. Nascimento, Rousseau: da servidão à liberdade, In: Os Clássicos da Política, vol. 1, Ática, São Paulo, 2004, p. 194

[2] F. J. S. TEIXEIRA, Economia e Filosofia no pensamento político moderno, Pontes, Fortaleza: Universidade Estadual do Ceará, 1995, p. 35

[3] Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, Paris, Flammarion, 1992, p. 168 – Ces inégalités sont : « la différence des âges, de la santé, des forces du corps, et des qualités de l’esprit, ou de l’âme. »

[4] Ibid., p. 159

[5] Ibid., p. 169 – « O homme, de quelque contrée que tu sois, quelles que soient tes opinions, écoute. Voici ton histoire telle que j’ai cru la lire, non dans les livres de tes semblables qui sont menteurs, mais dans la nature qui ne ment jamais. »

[6] Ibid., p. 168

[7] Ibid., p. 218-219 « Si je me suis étendu si longtemps sur la supposition de cette condition primitive, c’est qu’ayant d’anciennes erreurs et des préjugés invétérés à détruire, j’ai cru devoir creuser jusqu’à la racine, et montrer dans le tableau du véritable état de nature combien l’inégalité, même naturelle, est loin d’avoir dans cet état autant de réalité et d’influence que le prétendent nos écrivains. »

[8] Ibid., p. 199 – « dans cet état primitif, n’ayant ni maison, ni cabanes, ni propriété d’aucune espèce, chacun se logeait au hasard, et souvent pour une seule nuit ; les mâles, et les femelles s’unissaient fortuitement selon la rencontre, l’occasion, et le désir. »

[9] Ibid., p. 176

[10] Ibid., p. 214-215

[11] Ibid., p. 223 – « Telle fut la condition de l’homme naissant ; telle fut la vie d’un animal borné d’abord aux pures sensations, et profitant à peine des dons que lui offrait la nature, loin de songer à lui rien arracher ; mais il se présenta bientôt des difficultés, il fallut apprendre à les vaincre : la hauteur des arbres qui l’empêchait d’atteindre à leurs fruits, la concurrence des animaux qui cherchaient à s’en nourrir, la férocité de ceux qui en voulaient à sa propre vie, tout l’obligea de s’appliquer aux exercices du corps ; il fallut se rendre agile, vite à la course, vigoureux au combat. […] Dans les forêts ils se firent des arcs et des flèches, et devinrent chasseurs et guerriers. Dans les pays froids ils se couvrirent des peaux des bêtes qu’ils avaient tuées. Le tonnerre, un volcan, ou quelque heureux hasard, leur fit connaître le feu, nouvelle ressource contre la rigueur de l’hiver : ils apprirent à conserver cet élément, puis à le reproduire, et enfin à en préparer les viandes qu’auparavant ils dévoraient crues. Cette application réitérée des êtres divers à lui-même, et les uns aux autres, dut naturellement engendrer dans l’esprit de l’homme les perceptions de certains rapports. Ces relations que nous exprimons par les mots de grand, de petit, de fort, de faible, de vite, de lent, de peureux, de hardi, et d’autres idées pareilles, comparées au besoin, et presque sans y songer, produisirent enfin chez lui quelque sorte de réflexion, ou plutôt une prudence machinale qui lui indiquait les précautions les plus nécessaires à sa sûreté. »

[12]Ibid., p. 224-225 « Quoique ses semblables ne fussent pas pour lui ce qu’ils sont pour nous, et qu’il n’eût guère plus de commerce avec eux qu’avec les autres animaux, ils ne furent pas oubliés dans ses observations. Les conformités que le temps put lui faire apercevoir entre eux, sa femelle et lui-même, le firent juger de celles qu’il n’apercevait pas, et voyant qu’ils se conduisaient tous, comme il aurait fait en de pareilles circonstances, il conclut que leur manière de penser et de sentir était entièrement conforme à la sienne, et cette importante vérité, bien établie dans son esprit, lui fit suivre par un pressentiment aussi sûr et plus prompt que la dialectique les meilleures règles de conduite que pour son avantage et sa sûreté il lui convînt de garder avec eux. »

[13] Ibid., p. 225-226

[14] Ibid., p. 234 – « C’est le seul travail qui donnant droit au cultivateur sur le produit de la terre qu’il a labourée lui en donne par conséquent sur le fond, au moins jusqu’à la récolte, et ainsi d’année en année, ce qui faisant une possession continue, se transforme aisément en propriété. »

[15] Ibid., p. 229 – « Ainsi quoique les hommes fussent devenus moins endurants, et que la pitié naturelle eût déjà souffert quelque altération, cette période du développement des facultés humaines, tenant un juste milieu entre l’indolence de l’état primitif et la pétulante activité de notre amour-propre, dut être l’époque la plus heureuse et la plus durable. »

[16] Ibid., p.236 « Enfin l’ambition dévorante, l’ardeur d’élever sa fortune relative, moins par un véritable besoin que pour se mettre au-dessus des autres, inspire à tous les hommes un noir penchant à se nuire mutuellement, une jalousie secrète d’autant plus dangereuse que, pour faire son coup plus en sûreté, elle prend souvent le masque de la bienveillance ; en un mot, concurrence et rivalité d’une part, de l’autre opposition d’intérêt, et toujours le désir caché de faire son profit aux dépens d’autrui, tous ces maux sont le premier effet de la propriété et le cortège inséparable de l’inégalité naissante. »

[17] Ibid., p. 236 « Avant qu’on eût inventé les signes représentatifs des richesses, elles ne pouvaient guère consister qu’en terres et en bestiaux, les seuls biens réels que les hommes puissent posséder. Or quand les héritages se furent accrus en nombre et en étendue au point de couvrir le sol entier et de se toucher tous, les uns ne purent plus s’agrandir qu’aux dépens des autres, et les surnuméraires que la faiblesse ou l’indolence avaient empêchés d’en acquérir à leur tour, devenus pauvres sans avoir rien perdu, parce que, tout changeant autour d’eux, eux seuls n’avaient point changé, furent obligés de recevoir ou de ravir leur subsistance de la main des riches, et de là commencèrent à naître, selon les divers caractères des uns et des autres, la domination et la servitude, ou la violence et les rapines. »

[18] Ibid., p. 237 – « La société naissante fit place au plus horrible état de guerre : le genre humain avili et désolé, ne pouvant plus retourner sur ses pas ni renoncer aux acquisitions malheureuses qu’il avait faites et ne travaillant qu’à sa honte, par l’abus des facultés qui l’honorent, se mit lui-même à la veille de sa ruine. »

[19] Ibid., p. 237 – « Il n’est pas possible que les hommes n’aient fait enfin des réflexions sur une situation aussi misérable, et sur les calamités dont ils étaient accablés. Les riches surtout durent bientôt sentir combien leur était désavantageuse une guerre perpétuelle dont ils faisaient seuls tous les frais et dans laquelle le risque de la vie était commun et celui des biens, particulier. »

[20] Ibid., p. 238

[21] Ibid., p. 238-239

[22] Ibid., p. 239

[23] A. MASCARO, Introdução à Filosofia do direito: Dos Modernos aos Contemporâneos, 1.ª ed. São Paulo: Atlas, 2002, p. 204

[24] Ibid., p. 222

[25] Ibid., p. 257 – « Il suit de cet exposé que l’inégalité, étant presque nulle dans l’état de nature, tire sa force et son accroissement du développement de nos facultés et des progrès de l’esprit humain et devient enfin stable et légitime par l’établissement de la propriété et des lois. »

 

L’Histoire d’Angleterre de Catherine Macaulay (part.2/2)

II – Une Histoire d’Angleterre atypique, soulevant les interrogations

Macaulay est certes la première femme à écrire l’Histoire d’Angleterre, mais elle n’a pas écrit la première Histoire d’Angleterre. Lorsqu’elle commence à écrire la sienne, la référence de l’époque était l’Histoire de David Hume, philosophe et historien Tory. Aussi, se pose la question de pourquoi écrire une autre histoire ? En réalité, l’enjeu semble plutôt idéologique qu’historique comme cela a bien été relevé dans l’ouvrage de Mason[1]. L’idée de Macaulay semble alors de déconstruire à travers une analyse personnelle de l’histoire d’Angleterre, une vision trop partisante, et trop favorable à la monarchie (A), mais il est alors possible de reprocher à Macaulay, ce qu’elle-même reproche à ses adversaires, à savoir de faire preuve d’une trop grande subjectivité qui finit par donner une vision faussée de la réalité à un lecteur non averti (B).

  • A. Un récit destiné à déconstruire des théories favorables à la monarchie

A travers son histoire d’Angleterre, Macaulay qui s’attache à faire la promotion de ses idées républicaines, devait avant tout démonter les thèses qui pouvaient représenter un obstacle à sa pensée. Aussi, elle identifiera principalement deux adversaires auxquels elle répondra dans son histoire, à savoir Thomas Hobbes (1), et David Hume (2).

  1. La critique de la monarchie Hobbesienne

Dans son histoire d’Angleterre, outre de ranimer la pensée radicale, Macaulay s’attache à délégitimer la monarchie. Adhérant sans doute à la tradition des niveleurs, et plus précisément à celle d’un Overton[2], elle doit pour ce faire s’opposer aux idées émise par Thomas Hobbes sur ce sujet.

Déjà, elle avait montré une certaine distanciation à l’égard de sa vision sur les rapports humains. En effet, loin d’adhérer à son fameux : « l’homme est un loup pour l’homme », elle préfère suivant l’école stoïcienne et les niveleurs, considérer l’homme comme un être doté de raison, capable de comprendre que son profit passe par celui des autres, aboutissant alors à la maxime : « ne fait pas à autrui ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse »[3].

Aussi, s’agissant de la monarchie, du pacte proposé par Hobbes, celle-ci le rejette sans condition. Selon Macaulay, un pacte, une convention, se fait avec l’accord de deux parties. Or, si une partie viole ce contrat, celui-ci devient nul et non avenu. Ainsi, concernant le cas de Charles Stuart, celui-ci en gouvernant au mépris de la liberté de ses sujets, aurait violé le contrat, entrainant alors sa nullité.

En effet, et c’est là que la notion de raison devient utile, étant donné qu’aucun homme ne peut raisonnablement s’assujettir à un tyran, il devient alors nécessaire que ce dernier fasse usage d’un droit de résistance à l’oppression, pour faire annuler le contrat qui porta le roi à la tête du peuple. Ainsi, c’est muni de cet argumentaire que Macaulay va justifier l’exécution du roi Charles Ier[4].

Enfin, concernant de manière plus large le régime monarchique, Macaulay veut s’inscrire en opposition aux théories Hobbesienne. En effet, selon elle, le régime monarchique est en soi un régime imparfait, puisque le roi est entouré de favoris qui le flattent sans pour autant être de bons conseils. En outre, les monarques seraient imperméables à tout conseil, n’agissant que selon leurs désirs[5]. Mais sur ce point-là, Catherine Macaulay semble commettre une erreur. En effet, cette dernière semble exclure toute idée d’un monarque éclairé, qui serait à l’écoute de ses conseillers les plus avisés, or, à la même époque que Macaulay, la Russie, en la personne de Catherine II connaissait justement un monarque de ce type-là.

Si Catherine Macaulay concentre ses positions antimonarchiques à l’endroit de Thomas Hobbes, il n’en demeure pas moins, que celle-ci doit s’en prendre avant tout à son rival, l’historien Tory David Hume.

2. L’Histoire d’une radicale, opposée à celle d’un conservateur

Incontestablement, l’Histoire d’Angleterre de Macaulay établie une véritable rupture avec celle de David Hume, aussi, c’est certainement pour cette raison qu’il  « a souvent été remarqué que l’histoire de Macaulay a été lue comme une réponse à l’histoire populaire de l’époque publiée par David Hume »[6].

Aussi, le contraste entre ces deux histoires, démontre qu’un historien peut difficilement être objectif dans le travail de recherche qu’il entreprend. En effet, d’une part David Hume se base sur des points de vue religieux et éthiques conformes à la tradition des « lumières radicales », rejetant au passage l’existence de Dieu ; alors que Macaulay adhère à la tradition des « lumières modérées », et suivant Locke accepte l’existence de Dieu. D’autre part, sur le plan politique, David Hume, fidèle Tory est un conservateur, alors que Macaulay, très proche des Whigs, est une radicale[7].

Ainsi, ces deux personnages ont chacun une vision du monde qui leur est propre, expliquant alors le contraste entre leurs deux histoires. Aussi, il convient de comparer leur vision de l’exécution du roi Charles Ier pour comprendre ce qui les sépare. D’un côté, Hume semble regretter la mort de Charles Ier qui découle non pas d’un processus réfléchi mais de passions absurdes.

En effet, selon Hume cette exécution fut motivée par des injonctions morales. Or, seules les passions peuvent motiver les individus, et donc les injonctions morales invoquées pour justifier le régicide, ne sont en réalité que des passions qui se sont exprimées.

D’un autre côté, Macaulay, fidèle à la tradition jus naturaliste, admet l’existence d’un droit universel et idéal de justice qui doit être respecté. Aussi, c’est le non-respect de ce droit universel par la personne du roi, qui va justifier le régicide[8].

En définitive, Macaulay, semble vouloir se démarquer totalement de Hume tant leurs visions des mêmes faits diffères, mais il ne serait pas recevable de lui reprocher d’avoir écrit une mauvaise histoire, car comme le reconnait Hume, Macaulay et lui-même sont en accord sur les faits, mais pas sur leurs interprétations.[9]

Si son Histoire d’Angleterre permis à Macaulay de présenter une vision différente, concurrente à celle d’un David Hume, celle-ci doit à son tour faire face à la critique négative.

  • B. La remise en cause de l’Histoire d’Angleterre de Catherine Macaulay

Dans le premier volume en français de l’Histoire d’Angleterre de l’Avènement de Jacques Ier à la Révolution, Mirabeau qui fut chargé d’encadrer la traduction de l’ouvrage juge nécessaire de rappeler le contexte historique anglais précédant le décès d’Elizabeth Ier. La raison de cette démarche, vise alors à corriger la première erreur de Macaulay, comme le dit Mirabeau lui-même : « Madame Macaulay commence le règne de Jacques premier, sans aucunes réflexions préliminaires sur les événements qui l’ont précédé. Nous allons réparer cette omission »[10].

En outre, il faut également relever, non pas une omission cette fois-ci mais une véritable erreur de la part de Macaulay. En effet, à la lecture de son histoire, les rois Stuart Jacques Ier et Charles Ier, sont présentés comme de « sombres crétins », qui seraient assoiffés par le pouvoir, qu’ils identifient alors comme une finalité.

Toutefois, cette vision est bien trop caricaturale et se doit d’être nuancé. En effet, à l’occasion de la publication de son dernier ouvrage[11], Bernard Cottret n’a eu de cesse de marteler qu’il était absurde de vouloir réduire les Stuarts à deux pauvres rois qui revendiquent un absolutisme français. Selon Cottret, si les Stuarts ont revendiqué un pouvoir royal fort, c’était uniquement pour réaliser leur objectif, à savoir principalement l’unification des îles Britanniques. Or, même si en apparence les Stuarts semblent avoir échoués, ils ont accompli à titre posthume leur plus grand rêve[12].

De plus, Gilbert Keith Chesterton, à la manière de Cottret viendra à la rescousse des Stuarts contredisant alors lui aussi la vision de Macaulay :

« On a colporté toutes sortes d’inepties contre les Stuarts sans trop chercher à prendre connaissance du formidable atout que leurs ennemis détenaient dans leur jeu : à savoir la situation qui prévalait sur le continent, ce continent que nos historiens insulaires ont trop souvent tendance à négliger. Car n’oublions pas que si les Stuarts échouèrent en Angleterre, ils se battaient pour une cause qui triomphait en Europe. Or cette cause, c’était tout simplement la contre-Réforme »[13]

Mais outre, une vision très caricaturale des Stuarts, comme tout lecteur informé sur les idées de Macaulay pouvait s’y attendre, celle-ci semble avoir une vision très défavorable de Cromwell – celui-ci représentant un opposant à sa vision républicaine du pouvoir[14] – une vision très personnelle, que dénonce d’ailleurs Bernard Cottret[15]. Quant à Samuel Johnson, il lui reproche même de diffamer les monarchistes et les tenants des autres mouvances politiques[16].

De plus, à la lecture de Bernard Cottret, un autre reproche peut être fait à Madame Macaulay, à savoir celui d’avoir accordé aux Niveleurs une trop grande importance, puisque Cottret, qui publie l’ouvrage le plus récent sur la question considère que leur impact fut surévalué[17].

Enfin, Catherine Macaulay essuya également de nombreuses critiques personnelles touchant son style d’écriture, avec des critiques virulentes comme celle de James Boswell qui déclare : « elle est meilleure pour faire sa toilette que pour utiliser son stylo. Il serait préférable qu’elle se rougisse ses joues, plutôt qu’elle ne noircisse les traits des autres personnages »[18], ou encore celle de Hannah More qui lui reprochait de « ne pas être féminine dans son écriture ou ses manières, [puisqu’elle] était seulement un homme tolérablement intelligent »[19].

Cependant, s’agissant de l’évaluation de l’ensemble de son œuvre, celle-ci sera jugée en 1949 par Lucy Donnelly, comme valable mais comportant tout de même de nombreuses « absurdités… de désordre indiscipliné et d’exagérations »[20]. Tandis que Pocock lui considère qu’en réalité son œuvre fut totalement éclipsé par celle de son rival Tory David Hume[21], démontrant une fois de plus, qu’un véritable duel s’est engagé entre Macaulay et Hume quant à la crédibilité de leur histoire d’Angleterre.

Mais, il faut compter sur l’ouvrage de Mason qui vient définitivement arbitrer ce duel de manière impartiale, puisque celui-ci considère que les deux auteurs font usage de l’histoire pour exposer leurs opinions politiques[22].

RÉFÉRENCE

[1] H.T. Mason, Transactions of the Eighth International Congress on the Enlightenment, The Voltaire Foundation (1992), pp. 393-96.

[2]Olivier Lutaud, Les Niveleurs, Cromwell et la République, Julliard (France 1967), Coll. Archives Julliard, p. 43 « Et, certes nous nous attendons, en accord avec la raison, à ce que vous alliez d’abord déclarer et dénoncer ouvertement à la face du monde le crime du roi, et qu’avec cela vous montriez les inconvénients intolérables qu’il y a à avoir un gouvernement monarchique »

[3] Karen Green, Catharine Macaulay. [En ligne]. Stanford Encyclopedia of Philosophy, 2012, 2016 [Consulté le 29 mai 2016]. Disponible sur : http://plato.stanford.edu/entries/catharine-macaulay/#MacHisResHum

[4] Ibid.

[5] Ibid.

[6] Ibid, “It has often been noticed that Macaulay’s history was read as a response to the popular history of the period published by David Hume”.

[7] Ibid.

[8] Ibid.

[9] Ibid, “Hume suggests that he and Macaulay do not differ as to the facts, but rather on the interpretation”.

[10] Catherine Macaulay-Graham, Histoire d’Angleterre depuis l’Avènement de Jacques I, Jusqu’à la Révolution, Volume 1, Traduction de Mirabeau, Gattey (paris 1791), Librairie au Palais Royal, p. XVII.

[11] Bernard Cottret, La révolution anglaise 1603-1660, Perrin (2015), Pour l’Histoire

[12] En 1707, sous le nom de Royaume de Grande-Bretagne, L’Ecosse, l’Angleterre et le pays de Galles vont s’unir, avant d’être rejoint en 1801 par le Royaume d’Irlande, formant alors le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande.

[13] Gilbert Keith Chesterton, Une Brève Histoire d’Angleterre, l’Âge d’homme (Sofia 2011), p. 170.

[14] Olivier Lutaud, Des Révolutions d’Angleterre à la Révolution française – Le tyrannicide, Martinus Nijhoff (1972), p. 111.

[15] Bernard Cottret, Cromwell, Fayard (1992), p. 456.

[16] Catharine Macaulay – Introduction » Literary Criticism (1400-1800). [En ligne]. Thomas J. Schoenberg. Vol. 65. Gale Cengage 2001 [consulté le 29 mai 2016]. Disponible sur : http://www.enotes.com/topics/catharine-macaulayn

[17] Bernard Cottret, Bernard Cottret, La révolution anglaise 1603-1660, Perrin (2015), Pour l’Histoire, p. 266.

[18] Catharine Macaulay – Introduction » Literary Criticism (1400-1800). [En ligne]. Thomas J. Schoenberg. Vol. 65. Gale Cengage 2001 [consulté le 29 mai 2016]. Disponible sur : http://www.enotes.com/topics/catharine-macaulayn “She is better employed at her toilet, than using her pen. It is better she should be reddening her own cheeks, than blackening other people’s characters”.

[19] Ibid, “was not feminine either in her writing or her manners, she was only a tolerably clever man.”

[20] Ibid, Lucy Donnelly, whose 1949 article on Macaulay’s life and work helped renew critical interest, have called The History of England valuable despite its “absurdities … undisciplined clutter and exaggerations.”

[21] Hilda L. Smith, Women Writers and the Early Modern British Political Tradition, Cambridge University Press (1998) pp. 243-58.

[22] H.T. Mason, Transactions of the Eighth International Congress on the Enlightenment, The Voltaire Foundation (1992), pp. 393-96.

L’Histoire d’Angleterre de Catherine Macaulay (part.1/2)

INTRODUCTION

Catharine ou Catherine Macaulay, née Sawbridge le 2 avril 1731 (et décédé le 22 juin 1791), qui épousa en 1760 le physicien écossais, George Macaulay[1] et qui à partir de 1778 sera appelé Macaulay-Graham[2].

Cette dernière fut l’une des femmes les plus célèbres d’Angleterre, et cela, elle ne le doit qu’à son talent ; en ce sens, sa correspondante, et célèbre femme de lettres et féministe Mary Wollstonecraft en fait la femme la plus compétente de l’histoire de l’Angleterre[3]. Même s’il est vrai, que du fait de leurs opinions communes, l’avis de Wollstonecraft est plus guidé par son admiration envers la pionnière du féminisme anglais, que par une profonde objectivité[4].

Si elle ne doit rien à son premier mari s’agissant de sa célébrité, c’est malgré tout suite à son mariage avec celui-ci, que le Dr. Macaulay, très proche des mouvances radicales va l’introduire auprès de son cercle d’amis, où elle fera la connaissance de Tobias Smollett, William Hunter, et Thomas Hollis notamment[5]. Cette entrée au sein de la société whig, va l’encourager à écrire une histoire d’Angleterre, qui dans un premier temps sera publié jusqu’en 1771 en cinq volume, qui traitent de la période allant de la mort d’Elizabeth Ière et sa succession par Jacques Ier, à la première Révolution anglaise[6].

La subjectivité de son récit – influencé par ses idées antimonarchistes, radicales et favorables à la liberté – démontre sa volonté d’écrire une histoire d’Angleterre différente, en opposition même avec celle du Tory David Hume.

En outre, elle se signale par l’écriture de nombreux pamphlets, dans lesquels elle s’oppose à Burke notamment.

Mais, en 1776, son mari décède, et lorsque Catherine Macaulay va reprendre son histoire d’Angleterre, elle sera connue sous le nom de Catherine Macaulay-Graham, en raison de son mariage en 1778, avec l’apprenti médecin William Graham[7].

Toutefois, la suite de son histoire d’Angleterre qui se fait par l’intermédiaire de lettres avant la publication des trois derniers volumes, ne reçoit pas l’écho escompté, et ce même si elle fut accueillie très favorablement outre-Atlantique – Macaulay ayant même pu rencontrer durant dix jours, Georges Washington, avec lequel elle a pu ensuite correspondre[8].

Ainsi, face à l’œuvre historique de Macaulay qui attisa les passions, la question suivante se pose : Son histoire d’Angleterre, est-elle conforme à la réalité ?

S’il est indéniable, que Macaulay possède des talents qui en font la première historienne d’Angleterre[9], bénéficiant en outre d’une grande réception, il n’en demeure pas moins que la subjectivité dont elle fait preuve dans son récit, devra être analysée dans la seconde partie de l’article qui sera mis en ligne dans la semaine.

I- La réception positive de l’Histoire d’Angleterre de Catherine Macaulay-Graham

A la lecture de l’Histoire d’Angleterre de Macaulay, le lecteur est rapidement charmé par le style de l’auteur lui donnant davantage l’impression de lire un roman historique, qu’un livre d’histoire à proprement parler (§1), mais il s’agit bien d’un ouvrage qui se veut fidèle à la réalité et qui aura pour but de servir la cause radicale (§2).

A) Un talent littéraire indéniable

Lorsque paraît le premier volume de A History of England, en 1763, Macaulay devint la première historienne de l’histoire d’Angleterre, mais surtout, elle étonna le public par son talent à raconter un récit[10].

A n’en pas douter, c’est forte de son éducation qu’elle put écrire une telle œuvre. En effet, dès son plus jeune âge, Catherine Macaulay, fut une lectrice assidue de l’histoire antique, et notamment celle de Rome et de la Grèce, ce qui explique sûrement son enthousiasme pour la liberté et pour l’idéal républicain[11].

Mais ce qui fait la spécificité de son Histoire d’Angleterre, c’est cette étrange impression que peut avoir le lecteur à se croire au centre de l’action. En effet, Macaulay utilise une stylistique rare, a recours à un nombre de détails indénombrables et raconte l’histoire comme si elle l’avait vu elle-même, donnant alors au lecteur l’impression de la vivre.

En outre, Macaulay se permet d’user de tout qualificatif lorsqu’elle évoque les personnes des rois – que ce fut Charles Ier ou Jacques Ier – donnant encore plus l’impression au lecteur de lire un roman. En effet, alors qu’elle aurait pu faire preuve d’une certaine déférence lorsqu’elle évoque les rois, Macaulay les considère comme de simples personnages d’un roman dont elle est le narrateur !

Ainsi, elle n’hésite pas à pointer du doigt Jacques Ier  pour sa « bassesse »[12], sa « jalousie »[13], sa « faiblesse d’esprit »[14], sa « faiblesse » dans les négociations avec Richelieu [15], « l’absurdité de ses projets »[16], et enfin et sans doute la critique la plus cruelle, son manque de « talent »[17]. Quant à Charles Ier, il est décrit comme un opportuniste, prêt à se débarrasser de son propre père pour gouverner à sa place[18], mais en définitive, il reste au moins aussi fou et stupide que son père[19]. Cette manière qu’elle a de raconter l’histoire, finit par humaniser des rois, qui se préfèrent pourtant, en vertu d’un droit divin, supérieurs à la masse de leurs sujets.

En outre, fidèle à ses convictions, Catherine Macaulay, va livrer une lecture assez subjective de cette période historique, puisqu’elle semble davantage préoccupée par les idées de liberté, et d’idéal républicain, et prend alors parti pour les opposants aux Stuarts, dans lesquelles elle voit des combattants valeureux, risquant leur vie pour abattre un régime tyrannique et injuste[20].

Ainsi, en humanisant les rois, en faisant usage de détails à foison, d’un style plutôt romanesque qu’historique, Macaulay obtient l’attention du lecteur auquel elle essaie de faire passer un message, à savoir que tout peuple libre se doit d’être gouverné par la loi et non par l’arbitraire[21]. Aussi, Macaulay accomplit sa mission, celle de propager les idées radicales de la première Révolution anglaise, et notamment celles des Niveleurs.

B) Un service rendu à la cause révolutionnaire.

Ce qu’il faut essentiellement retenir de Catherine Macaulay, c’est qu’elle fut le plus grand soutien aux idées radicales du XVIIème siècle en Angleterre. En effet, celle-ci à la manière du niveleur Sexby, auteur de Tuer n’est pas Assassiner, va justifier le tyrannicide, et notamment bien sûr celui de Charles Ier.

A l’évidence, Macaulay semble être alors une tenante des théories concernant le consentement populaire et le droit de résistance à l’oppression[22].

En outre, Catherine Macaulay va justifier la position d’un Milton, puisque selon elle, « l’ère du développement moderne doit s’achever […] par l’extinction des classes, sous la forme d’une absorption des classes […] dans la bourgeoisie »[23]. Aussi, c’est tout naturellement, que Macaulay sera louée par les sympathisants de la cause radicale, tel le poète Thomas Gray, qui considère son histoire d’Angleterre comme « la plus sensé, intemporelle et meilleure histoire d’Angleterre que nous n’ayons jamais eu »[24] ; ou encore John Adams qui dit de Macaulay, qu’elle fut « un des plus brillants ornements de son sexe, de son âge et de son pays »[25].

Mais le plus grand service qu’elle rend à la cause radicale, est certainement celui de rendre aux Niveleurs la place qui leur était due dans l’histoire de l’Angleterre. En effet, ce mouvement radical, qui fut le plus important durant la première Révolution anglaise fut totalement oublié, et c’est grâce à Catherine Macaulay entre autres, qu’une redécouverte de sa pensée a pu s’opérer, comme l’a relevé Christopher Hill :

« A travers les écrits de Catherine Macaulay et d’autres, les idées des niveleurs ont pu être adoptés par la tradition radicale des années 1760, et jouèrent leur rôle dans la préparation des Révolutions américaine et française »[26]. Sur cette réflexion, Hill rejoint alors Beckwith qui fit de Macaulay le plus grand défenseur des Révolutions Atlantiques[27].

Et bien évidemment, Christopher Hill ne s’est pas trompé. En effet, s’agissant des Etats-Unis, l’historienne Mercy Otis Warren s’inspira de Macaulay pour écrire son History of the rise, progress and termination of the American Revolution[28]. Et Macaulay fut d’ailleurs reçu en 1784 par Georges Washington[29], avec lequel elle correspondit fréquemment[30]. De plus, le troisième président des Etats-Unis Thomas Jefferson rendit également hommage à son histoire d’Angleterre en faisant la commande des huit volumes pour le compte de l’Université de Virginie, et en en recommandant même leur lecture[31].

Enfin, en France, c’est grâce à la traduction de son histoire, supervisé par Mirabeau, que ce dernier a pu avoir connaissance de l’Agreement of the People des Niveleurs[32], une « constitution » rassemblant des idées qui rejoignaient celles que les révolutionnaires français avaient brandis pour justifier leurs soulèvements.

A l’évidence, Catherine Macaulay a étonné ses lecteurs par le phrasé richissime qui orne son histoire d’Angleterre en en faisant un véritable chef d’œuvre littéraire avant tout. En outre, Macaulay a su susciter la sympathie des penseurs radicaux et révolutionnaires par ses prises de positions républicaines préfigurant le libéralisme. Toutefois, l’Histoire de Macaulay n’est pas une histoire objective, puisque d’une part elle s’inscrit surtout en opposition avec l’histoire d’Angleterre  d’un David Hume jugé trop conservateur. Mais, il est également possible alors de rétorquer à Macaulay que celle-ci s’est laissé aveugler par son obsession de la liberté, qui l’amena à caricaturer la monarchie Stuart.

RÉFÉRENCE

[1] A qui elle doit son nom d’écriture.

[2] The Editors of Encyclopædia Britannica. Catharine Macaulay [En ligne]. The Editors of Encyclopædia Britannica [consulté le 20 mai 2016]. Disponible sur :  http://global.britannica.com/biography/Catharine-Macaulay

[3] Macaulay, Catharine.[En ligne]. Encyclopedia.com, 2004, 2005 [consulté le 29 mai 2016]. Disponible sur : http://www.encyclopedia.com/doc/1G2-3446400134.html “woman of the greatest ability, undoubtedly, that this country has ever produced”.

[4] Catharine Macaulay – Introduction » Literary Criticism (1400-1800). [En ligne]. Thomas J. Schoenberg. Vol. 65. Gale Cengage 2001 [consulté le 29 mai 2016]. Disponible sur : http://www.enotes.com/topics/catharine-macaulay

[5] Macaulay, Catharine.[En ligne]. Encyclopedia.com, 2004, 2005 [consulté le 29 mai 2016]. Disponible sur :  http://www.encyclopedia.com/doc/1G2-3446400134.html

[6] Ibid.

[7] Catharine Macaulay – Introduction » Literary Criticism (1400-1800). [En ligne]. Thomas J. Schoenberg. Vol. 65. Gale Cengage 2001 [Consulté le 29 mai 2016]. Disponible sur : http://www.enotes.com/topics/catharine-macaulay

[8] Macaulay, Catharine.[En ligne]. Encyclopedia.com, 2004, 2005 [Consulté le 29 mai 2016]. Disponible sur :  http://www.encyclopedia.com/doc/1G2-3446400134.html

[9] Gio. Catharine Macaulay, The First English Female Historian. [En ligne]. [Consulté le 29 mai 2016]. Disponible sur : http://historyandotherthoughts.blogspot.fr/2015/04/catharine-macaulay-first-english-female.html

[10] Ibid. “She became the first female English historian. No one believed that a woman should, or could, write such a book, but when they read it, they were hooked. Catherine had a flair for storytelling”.

[11] The Editors of Encyclopædia Britannica. Catharine Macaulay [En ligne]. The Editors of Encyclopædia Britannica [Consulté le 20 mai 2016]. Disponible sur :  http://global.britannica.com/biography/Catharine-Macaulay “She was privately educated, and her readings in Greek and Roman history inculcated in her an enthusiasm for libertarian and republican ideals”

[12] Catherine Macaulay-Graham, Histoire d’Angleterre depuis l’Avènement de Jacques I, Jusqu’à la Révolution, Volume 1, Traduction de Mirabeau, Gattey (paris 1791), Librairie au Palais Royal, p. 122.

[13] Ibid, p. 149.

[14] Ibid, p. 215.

[15] Ibid, pp. 239-240.

[16] Ibid, p. 241.

[17] Ibid, p. 252.

[18] Ibid, p. 218.

[19] Catherine Macaulay-Graham, Histoire d’Angleterre depuis l’Avènement de Jacques I, Jusqu’à la Révolution, Volume 2, Traduction de Mirabeau, Gattey (paris 1791), Librairie au Palais Royal, p. 16.

[20] Gio. Catharine Macaulay, The First English Female Historian. [En ligne]. [Consulté le 29 mai 2016]. Disponible sur : http://historyandotherthoughts.blogspot.fr/2015/04/catharine-macaulay-first-english-female.html « men that, with the hazard and even the loss of their lives, attacked the formidable pretensions of the Stewart family, and set up the banners of liberty against a tyranny which had been established for a series of more than one hundred and fifty years »

[21] Karen Green, Catharine Macaulay. [En ligne]. Stanford Encyclopedia of Philosophy, 2012, 2016 [Consulté le 29 mai 2016]. Disponible sur : http://plato.stanford.edu/entries/catharine-macaulay/#MacHisResHum

[22] Gio. Catharine Macaulay, The First English Female Historian. [En ligne]. [Consulté le 29 mai 2016]. Disponible sur : http://historyandotherthoughts.blogspot.fr/2015/04/catharine-macaulay-first-english-female.html  “justified the execution of Charles I by claiming that when a King becomes a tyrant he forfeits every right to government”

[23] Pierre Vitoux, Histoire des idées en Grande-Bretagne politique économie société, Ellipses (1999), p. 192. Milton tient exactement le même raisonnement selon Pierre Vitoux.

[24] Catharine Macaulay – Introduction » Literary Criticism (1400-1800). [En ligne]. Thomas J. Schoenberg. Vol. 65. Gale Cengage 2001 [consulté le 29 mai 2016]. Disponible sur : http://www.enotes.com/topics/catharine-macaulay “the most sensible, unaffected and best history of England that we have had yet.”

[25] Ibid. “one of the brightest ornaments not only of her sex but of her age and country.”

[26] Christopher Hill, The Century of Revolution 1603-1714, Routledge London (1980), p. 164. “Through the writings of Catherine Macaulay and others the ideas of the Levellers passed into the radical tradition of the seventeen-sixties, and played their part in preparing the American and French Revolutions”

[27] Mildred C. Beckwith, The South Carolina Historical Association, 1958, pp. 12-29.

[28] Catharine Macaulay – Introduction » Literary Criticism (1400-1800). [En ligne]. Thomas J. Schoenberg. Vol. 65. Gale Cengage 2001 [consulté le 29 mai 2016]. Disponible sur : http://www.enotes.com/topics/catharine-macaulay

[29] Kearny Hugh, The British Isles a History of Four Nations, Cambridge University Press, 1989, p. 178.

[30] Gio. Catharine Macaulay, The First English Female Historian. [En ligne]. [Consulté le 29 mai 2016]. Disponible sur : http://historyandotherthoughts.blogspot.fr/2015/04/catharine-macaulay-first-english-female.html

[31] Catharine Macaulay – Introduction » Literary Criticism (1400-1800). [En ligne]. Thomas J. Schoenberg. Vol. 65. Gale Cengage 2001 [consulté le 29 mai 2016]. Disponible sur : http://www.enotes.com/topics/catharine-macaulay  “Thomas Jefferson so admired her history that he ordered all eight volumes for the University of Virginia and recommended that they be made required reading.”

[32] Olivier Lutaud, les Niveleurs, Cromwell et la République, Julliard (1967), Archives Julliard, p. 15.

Thomas Paine, Droits de l’homme ; en réponse à l’attaque de M.BURKE sur la Révolution française

 

Commentaire de Texte

« Le gouvernement dans sa perfection même, n’est qu’un mal nécessaire, dans son imperfection, c’est un mal insupportable » Thomas Paine.

En ces débuts de troubles révolutionnaires français succédant à l’émancipation américaine de la Couronne britannique – qui par leur puissance idéologique, ébranleront les plus grandes monarchies européennes – Thomas Paine, pamphlétaire engagé, et révolutionnaire convaincu, va marquer sa vive opposition à l’encontre d’institutions anglaises définitivement gravées dans le marbre de l’Histoire.

Il promeut ainsi la liberté des peuples à disposer librement d’eux-mêmes, et ce par tous les moyens, notamment par la force révolutionnaire. Cette dernière était la seule alternative – selon l’auteur – face à un pouvoir fermement établit, alors bercé par une mythologie historique, légitimé par des siècles de pratique, justifiant ainsi des régimes résolument tournés vers le passé, plus en phase avec une population aux aspirations sociales et idéologiques nouvelles.

Thomas Paine (1737-1804) fut l’un des grands inspirateurs des processus révolutionnaires américain et français, amorcés par le siècle des Lumières, pour lequel l’écrivain contribua fortement, notamment avec son œuvre: « Droits de l’homme ; en réponse à l’attaque de M.Burke sur la Révolution française » Il se considérait d’ailleurs à ce titre – en lien avec cette doctrine de fin du XVIIème siècle – comme un citoyen du monde.                                                                                                                     Paine aura toute sa vie espéré l’apparition d’une nouvelle révolution britannique, capable de bouleverser le paysage idéologique du pays. Il considérait en effet que la « Glorieuse Révolution » anglaise de 1688 n’avait été qu’une imposture historique.

C’est pourquoi il fonda tous ses espoirs dans les premiers soubresauts contestataires qui émergèrent Outre-manche, contre la Monarchie absolue de Louis XVI, et dont le flot de diffusion qui traversa le pays entier, très vite se mua en une vague dogmatique immense : la Révolution française ; qui fera vaciller l’Ancien Régime et bientôt inondera l’Europe entière.

Mais cette onde qui écumait l’espoir sur le Continent fut stoppée par le barrage des réalités, et n’atteint jamais l’Angleterre. Déçu par la montée en puissance du futur empereur des français, et de l’usage des armées révolutionnaires qu’en faisait ce dernier, Thomas Paine finira sa vie aux États-Unis, sur invitation du président américain Thomas Jefferson.

La question de droit qui se pose à travers ce commentaire est donc la suivante : En quoi Thomas Paine encourage-t-il les peuples à disposer d’eux-mêmes ?

L’auteur est une critique récurrente de la rigidité des institutions britanniques (I), à tel point qu’il comparera ces dernières comme étant issus du droit divin, et donc d’essences absolutistes. (II)

 

I – La critique de l’immobilisme des institutions la monarchiques anglaises

Paine considérait la seconde Révolution anglaise comme ayant été une imposture, au vu de ses apports considérés comme désormais intangibles (A). Ce constat s’avéra aux antipodes de la pensée de l’un des adversaires les plus virulents des courants révolutionnaires de cette époque : Edmund Burke (B). 

A- Un destin scellé par la Glorieuse Révolution

Après la Glorieuse Révolution de 1688, en réaction à la Monarchie absolue du roi Jacques II, le Parlement anglais instituera – suite à des décennies d’instabilité – le « Bill of Right » prévoyant en outre de régler la succession du trône d’Angleterre en le rendant héréditaire.

En effet, Thomas Paine parlera ici d’une postérité liée « jusqu’à la consommation des siècles. » pour ainsi affirmer que ce processus amorcé par le Parlement entendait être irréversible. L’auteur critique ce choix ayant été fait, et qui s’imposera aux générations futures, sans que ces dernières ne puissent réellement se prononcer, tel que l’illustre Paine: « La vanité, et la présomption de vouloir gouverner au-delà du tombeau, est la plus ridicule et la plus insupportable de toutes les tyrannies. » Car selon l’auteur, le Parlement en agissant ainsi – en sa qualité de représentant du peuple présent – outrepasserait ses compétences, s’il se prononçait alors au nom d’un peuple futur.

A travers cette réflexion Paine se révèle être ici un véritable partisan du libre choix d’une Nation à disposer d’elle-même, et de sa pleine liberté d’agir pour la réalisation de cette destinée. Cette conception s’avère être en totale contradiction avec la pensée d’un contemporain de cette époque, et adversaire direct de cette pensée : Edmund Burke.

B- Une réflexion aux antipodes d’Edmund BURKE

Écrivain irlandais, Burke fut député à la chambre des Communes britanniques, ainsi que le chef de file très conservateur de la pensée contre-révolutionnaire française. Selon lui, la radicalité de cette Révolution, apparue de manière soudaine, et rejetant tous les symboles monarchiques de l’époque, menace de se propager, et de perturber l’ordre mondial établit. C’est pourquoi il fut le partisan des dispositions adoptées par le Parlement anglais, et attaquées par Paine. En effet, Burke prônait ainsi la stabilité du pouvoir, au détriment de la liberté. L’auteur quant à lui estimera plutôt défendre en réaction : « Le droit des vivants » plutôt que : « l’autorité usurpée des morts » que Burke défendait selon l’auteur de ce texte.

Mais comme le reproche ce dernier, le défaut d’implication des générations futures voyant leur avenir démocratique scellé dans le passé, pourrait s’apparenter au contraire à un retour en arrière historique, vers une Monarchie d’essence absolutiste, et donc, totalement désuète.

II- Un encrage institutionnel s’apparentant à un retour aux Monarchie d’Anciens Régimes

Ces dispositions s’avèrent être une atteinte juridique au droit lui-même (A), et ce caractère illégal, ne fera que mettre en lumière les caractères finalement divins de ces dernières (B).

A- Une atteinte au droit lui-même

En effet, Thomas Paine évoque tout d’abord un principe qu’il considère comme étant « analogue à un principe commun. » Celui de l’émancipation civile intervenant à la majorité d’un citoyen. Car en droit anglais, une fois l’âge de la majorité atteinte – à 21 ans – nulle entité ne saurait légalement restreindre cette liberté acquise. L’auteur poursuit sa démonstration en s’interrogeant sur le type d’obligation juridique qui pourrait de manière intemporelle, lier des groupes d’individus entre eux jusqu’à : « La consommation des siècles. » si ce n’est, une obligation précisément contraire au droit. Paine joint également à cette réflexion l’un des grands principes issu du « Bill of Right » celui du consentement à l’impôt obligatoire, en le confrontant précisément au paradoxe d’un défaut d’assentiment naturel des générations futures, quant à la succession du trône d’Angleterre.

Il semblerait donc que loin d’être une révolution démocratique, la déclaration du Parlement anglais – sous couvert de protéger les droits de l’homme – n’ait en réalité uniquement favorisée une résurgence d’une période considérée comme révolue, installée désormais de manière durable mais surtout, à l’insu de tous, et directement inspirée du droit divin.

B- Des dispositions légales issues du droit divin

Et d’aucun ne pourrait contester la nature de ces dispositions évidentes selon l’auteur, comme étant issues d’un droit d’essence absolutiste, qui au travers d’une critique de BURKE, dénonce la mystification d’une fameuse loi d’une : « certaine Assemblée d’hommes qui existait il y’a 100 ans » comme étant gravée dans le marbre.

En protégeant cette disposition divine derrière une déclaration de droit de l’homme, PAINE dénoncera par ce subterfuge, les mêmes procédés que ceux utilisés par les Monarchies d’Ancien Régime, qui pour justifier leur pouvoir, utilisaient des « sophismes et arguments subtils. »                                                                                                                                                                                     C’est là l’essence même de la critique de Thomas PAINE, dénonçant ainsi des dispositions définitivement adoptées comme étant : « plus qu’humaine pour qu’aucune puissance humaine ne puisse jamais l’altérer. ».

THOMAS PAINE

DROITS DE L’HOMME;

EN RÉPONSE
À L’ATTAQUE DE M. BURKE
SUR LA RÉVOLUTION FRANÇAISE.

Le docteur Price avait fait un sermon, le 4 novembre 1789, jour de l’anniversaire de la révolution qui eut lieu en 1688. M. Burke, en parlant de ce sermon, dit: «Le prêtre politique continue en assurant dogmatiquement que par les principes de la révolution, le peuple Anglais a acquis trois droits fondamentaux.

1°. Celui de choisir ses gouverneurs.

2°. Celui de les emprisonner pour mauvaise conduite.

 3°. Celui de se faire un gouvernement.» Le docteur Price ne dit pas que tel individu ou telle classe d’individus ait un pareil droit, mais que c’est le droit de tous les individus qui composent la société; en un mot le droit de la Nation entière. — M. Burke, au contraire, nie que la Nation entière ou une partie de la Nation ait aucun droit de cette nature, ou que ce droit existe quelque part. Mais ce qui est bien plus singulier et plus étonnant, c’est qu’il dise « que le peuple Anglais désavoue entièrement un pareil droit, et qu’il est prêt à sacrifier sa fortune et sa vie pour empêcher qu’une pareille assertion ne soit mise en pratique ». Voir des hommes prendre les armes et sacrifier leur fortune et leur vie, non pas pour maintenir leurs droits, mais pour soutenir qu’ils n’ont aucuns droits, est une espèce de découverte tout à fait nouvelle et analogue au génie sophistique de M. Burke. La méthode dont se sert M. Burke pour prouver que le peuple Anglais n’a point de pareils droits, et que de pareils droits n’existent ni dans la nation entière ni dans aucune partie de la nation, est d’une nature aussi étrange et aussi monstrueuse que ce qu’il a déjà avancé ; car il fonde son raisonnement sur ce que les individus ou la génération d’individus qui avoient ces droits sont morts, et assure que les droits sont morts avec eux. Pour prouver cette assertion il cite un déclaration faite par le parlement, il y a environ cent ans, à Guillaume et à Marie, en ce mots:

«Les Pairs spirituels et temporels, et les communes, au nom du peuple ci-dessus mentionné; [c’est-à-dire, du peuple Anglais alors existant,] se soumettent humblement et fidèlement, ainsi que leurs héritiers et leur postérité, pour toujours.»

Il cite aussi une clause d’un autre acte de parlement du même règne, dont les expressions «nous lient, [c’est-à-dire les Anglais de ce temps-là] nous, nos héritiers, et notre postérité, à eux, à leurs héritiers et à leur postérité jusqu’à la consommation des siècles.»

  1. Burke s’imagine que sa proposition est parfaitement bien établie en produisant ces clauses qui, soutient-il, aliènent les droits de la nation pour toujours. Peu content de répéter à chaque instant de pareilles assertions, il ajoute, «que si le peuple Anglais possédait de pareils droits avant la révolution [Ce qu’il confesse avoir existé non seulement en Angleterre, mais dans toute l’Europe dans des temps très éloignés], il les a abdiqués, et y a renoncé de la manière la plus solennelle pour lui et pour toute sa postérité au temps de la révolution».

Comme M. Burke se sert selon l’occasion du poison tiré de ses horribles principes [si ce n’est point profaner les mots que de les appeler principes] non seulement contre la nation Anglaise, mais même contre la révolution Française et contre l’Assemblée Nationale, et honore cet auguste corps d’hommes éclairés de l’épithète d’usurpateurs, je vais mettre sans façon un autre système de principes en opposition aux siens.

Le Parlement d’Angleterre de 1688 fit pour lui et pour ses commettants une chose qu’il avait droit de faire, et qu’il paraissait juste de faire. Mais outre le droit qui lui avait été délégué, il s’en arrogea un d’une autre nature, celui de lier sa postérité jusqu’à la consommation des  siècles. On peut donc diviser ce sujet en deux parties, savoir: le droit qu’il possédait par délégation, et le droit qu’il prit lui-même. J’admets le premier; quant au second, je réponds. —

Il n’y eut, il n’y aura jamais, il est même impossible qu’il existe dans aucun temps ou dans aucun pays un Parlement qui ait le droit de lier la postérité jusqu’à la consommation des siècles, ou de commander de quelle manière le monde doit être gouverné, et par qui il sera gouverné jusqu’à l’éternité; c’est pourquoi toutes clauses, actes ou déclarations de cette nature, par lesquels leurs auteurs s’efforcent de faire ce qu’ils n’ont ni le droit ni le pouvoir d’exécuter, sont de toute nullité. — Chaque siècle, chaque génération doit avoir la même liberté d’agir, dans tous les cas, que les siècles et les générations qui l’ont précédé. La vanité et la présomption de vouloir gouverner au-delà du tombeau est la plus ridicule et la plus       insupportable de toutes les tyrannies.

L’homme n’a aucun droit de propriété sur un autre homme, ni les générations actuelles sur les générations futures. Le Parlement ou la Nation de 1688, ou d’aucun autre temps, n’avait pas plus de droit de disposer de la Nation présente, ou de la lier d’aucune manière quelconque, que le Parlement ou la Nation présente n’en a de lier ceux qui doivent exister dans un siècle ou dans mille ans. Chaque génération a et doit avoir la compétence d’agir suivant que ses besoins l’exigent. Quand l’homme cesse d’exister, son pouvoir et ses besoins cessent d’exister avec lui; et ne participant plus aux intérêts de ce monde, il n’a plus l’autorité de diriger quels en seront les gouverneurs, ni comment son gouvernement doit être organisé, ou de quelle manière il doit être administré.

Je ne combats ni pour ni contre aucune forme de gouvernement, ni pour ni contre aucun parti, soit ici, soit ailleurs. Tout ce que veut une Nation entière, elle a le droit de le faire. M. Burke dit que non. Où donc le droit existe-t-il? Je défends les droits des vivants, et je m’efforce d’empêcher qu’ils ne soient aliénés, altérés ou diminués par l’autorité usurpée des morts; et M. Burke prend le parti de l’autorité des morts contre les droits et contre la liberté des vivants. Il fut un temps où les Rois disposaient de leurs couronnes au lit de la mort par le moyen d’un testament, et laissaient les peuples comme des troupeaux de bestiaux à celui de leurs successeurs qu’il leur plaisait de désigner. Cela est tellement ancien qu’on peut à peine s’en rappeler, et tellement abominable, qu’on ne le croit pas sans difficulté. Eh bien! les clauses parlementaires sur lesquelles M. Burke pose les bases de sa foi politique sont de la même nature.

Les lois des Nations sont analogues à un principe commun. En Angleterre, aucun parent, aucun maître, ni même toute l’autorité du Parlement, quoiqu’il se soit appelé tout puissant, ne peut restreindre la liberté personnelle, même d’un seul individu, au-delà de l’âge de vingt-et-un an; sur quelle base de droit donc le Parlement de 1688, ou tout autre Parlement, pouvait-il lier la postérité pour toujours?

Ceux qui ont quitté ce monde et ceux qui n’existent pas encore sont à la plus grande distance les uns des autres que l’imagination humaine puisse concevoir: quelle possibilité d’obligation peut-il donc y avoir entre eux? quelle règle ou quel principe peut-on poser pour que de deux êtres imaginaires, dont l’un a cessé d’être et l’autre n’existe pas encore, et qui ne peuvent jamais se rencontrer dans ce monde, l’un soit autorisé à maîtriser l’autre jusqu’à la consommation des siècles.

On dit en Angleterre qu’on ne peut prendre l’argent du peuple sans son consentement: qui a donc autorisé ou qui pouvait autoriser le Parlement de 1688 à priver la postérité de sa liberté, et à restreindre son droit d’agir dans certains cas pour toujours, puisque la postérité n’existait pas pour donner ou refuser son consentement?

On ne peut présenter à l’entendement humain une plus grande absurdité que ce que M. Burke offre à ses lecteurs. Il leur dit, ainsi qu’à la postérité, qu’une certaine Assemblée d’hommes qui existaient il y a cent ans, a fait une loi, et que la Nation n’a pas, n’aura jamais, ne peut même avoir le pouvoir de la changer. Par combien de sophismes et d’arguments subtils n’a-t-on pas fait croire au genre humain que les gouvernements étaient de droit divin! M.Burke vient de trouver une nouvelle méthode; et sans se donner la peine d’aller jusqu’à Rome, il en appelle au pouvoir de ce Parlement infaillible du temps, jadis; et il cite ce qu’il a fait comme de droit divin; car il faut certainement qu’une autorité soit plus qu’humaine pour qu’aucune puissance humaine ne puisse jamais l’altérer.

  1. Burke a néanmoins rendu quelques services, non pas à sa cause, mais à sa patrie, en mettant ces clauses devant les yeux du public. Elles servent à démontrer combien il est toujours nécessaire de surveiller le pouvoir, afin d’empêcher les usurpations et les excès auxquels il est susceptible de se porter.

Il est réellement bien extraordinaire que l’offense qui avait fait expulser Jacques II, de s’être arrogé un pouvoir qu’il n’avait pas, ait été commise sous un autre forme par le Parlement qui l’avait expulsé. Cela prouve que les droits de l’homme étaient mal entendus dans le temps de la révolution; car il est certain que le droit que le Parlement avait pris [car il ne pouvait pas lui avoir été délégué, puisque personne n’était en droit de le déléguer] sur les personnes et sur la liberté de la postérité jusqu’à la consommation des siècles, était aussi tyrannique et aussi mal fondé que celui que Jacques avait voulu s’arroger sur le Parlement et sur la Nation, et qui avait causé son expulsion. La seule différence est [car dans les principes il n’y en a point] que l’un était un usurpateur des droits des vivants, et l’autre des droits des générations à venir; et comme le droit de l’un n’était pas mieux fondé que celui de l’autre, il s’ensuit que leurs actes sont nuls et ne peuvent avoir aucun effet.

 

Cycle d’Histoire d’Outre-Mer – Etude de l’oeuvre d’Albert Sarraut : Grandeurs et Servitudes Coloniales (part.1/6)

Etude de l’oeuvre d’Albert Sarraut : Grandeurs et Servitudes Coloniales (part.1/6)

« Nous admettons le droit et même le devoir des races supérieures d’attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture et de les appeler aux progrès réalisés grâce aux efforts de la science et de l’industrie.[1] »

C’est dans une France affaiblie de l’entre-deux-guerres que de grandes figures politiques tentèrent de revitaliser l’influence de l’Empire colonial français, alors en manque de légitimité aux yeux de l’opinion publique, de plus en plus contesté, aussi bien d’un point de vue interne avec notamment la création du Parti Communiste Français en 1920, dirigé depuis Moscou, mais aussi et surtout à l’international, où le pays faisait face aux velléités de puissances montantes telles que les Etats-Unis et l’Union Soviétique, à l’égard des grandes nations européennes possédant de vastes empires, occasionnant parfois de nombreuses révoltes au sein de ces territoires colonisés.

Car s’il est bien un domaine dans lequel la France s’est profondément démarquée dans l’Histoire, c’est au travers de son Empire colonial qui, à l’aube du second conflit mondial, se révélait être le deuxième de la planète en terme de superficie : avec ses 12 898 000 km et ses 100.000 millions d’habitants en 1936, il comprenait quasiment toute la partie de l’Afrique occidentale et équatoriale, s’étendant, du nord au sud, de l’Algérie au Cameroun, en passant par Madagascar, jusqu’à la lointaine Polynésie française.

Le continent Asiatique n’était quant à lui pas en reste, loin de là, constituant même la pièce maîtresse de l’immense complexe colonial français. Ainsi, quelques comptoirs indiens tels que Pondichéry, Chandernagor, ou encore Karikal, mais aussi et surtout la perle de l’Empire : l’Indochine, assuraient à la France une présence asiatique continue, lui offrant ainsi de nombreux débouchés vers les vastes marchés d’Asie – et notamment chinois – avec ses quelques 500 millions de consommateurs, assurant alors au pays de nombreuses opportunités économiques, auxquelles peu de puissance occidentales pouvaient prétendre. Et si l’émergence de l’Empire colonial français est loin d’être le fruit du hasard, elle est au contraire le résultat d’un long cheminement, qui entretiendra au fil des siècles, sa grandeur, mais aussi sa servitude.

Les premières aventures coloniales françaises commencèrent véritablement au XVIème siècle, avec la découverte du Canada par l’explorateur Jacques Cartier, envoyé par François Ier vers les terres du Nouveau Monde pour y asseoir la souveraineté du Royaume. Mais en raison de l’éloignement de ces territoires et faute de ressources présente, un désintérêt croissant des monarques finira d’emporter l’entreprise coloniale, qui s’avérait de surcroît être extrêmement onéreuse. Quant aux éphémères possessions du Brésil et de Floride, elles n’y changeront rien ; la première expérience coloniale française s’essoufflera inexorablement.

Il faudra donc attendre le siècle suivant, pour que le dessein d’un Empire d’Outre-mer ressurgisse de manière impérieuse, grâce notamment au développement d’une nouvelle doctrine économique – le mercantilisme – qui prônait le dégagement de bénéfices commerciaux par une colonie d’exploitation, afin que cette dernière ne commerce que de manière exclusive avec la métropole. Initiée sous le règne de Louis XIII et pleinement mise en application par Colbert, cette nouvelle conception coloniale fera apparaître un lien étroit entre la puissance du pays et l’étendue de son domaine d’Outre-mer. Ainsi, le premier Empire colonial va progressivement émerger – bien qu’il ne soit souvent que l’œuvre d’initiatives privées, avalisées postérieurement par le pouvoir monarchique – et ne cessera de s’étendre, au point de venir sérieusement concurrencer les autres puissances européennes.

De l’Amérique du Nord aux Antilles, en passant par les comptoirs de l’Afrique de l’Ouest et des vastes possessions indiennes de Joseph-François Dupleix, la domination française à travers le monde était alors à son apogée, profitant pleinement du commerce de la traite négrière, qui fondait en grande partie sa prospérité. Mais l’Empire se heurta rapidement une nouvelle fois à la puissance montante de l’époque – l’Angleterre – qui, avec le Traité de Paris de 1763, vint stopper l’expansion française, après la défaite du pays lors de la guerre de 7 ans. La vente de la Louisiane en 1803 et la chute de l’Empereur Napoléon Ier, finiront de mettre un terme définitif au premier chapitre colonial français.

Suite au Congrès de Vienne de 1815, les régimes successifs ne cesseront d’entreprendre le redressement d’une France affaiblie, amputée de son prestige d’antan. Et, comme par le passé, la reconstruction d’un Empire colonial s’avèrera être le préalable obligatoire pour faire revenir le pays dans le concert des grandes nations.

C’est ainsi qu’en 1830, un corps expéditionnaire est envoyé à Alger, pour une invasion qui s’achèvera une vingtaine d’années plus tard. Dès lors, la porte de l’Afrique sera grande ouverte. Avec la fondation des établissements de la Côte d’Or et du Gabon en 1862, les Français conforteront leur emprise sur le continent et la prise du Sénégal quelques années plus tard servira de tête de pont, vers une pénétration de l’Afrique toujours plus vers l’intérieur des terres. Les premiers contacts seront aussi établis à cette époque sur ce qui deviendra la future Indochine, avec l’invasion de la Cochinchine et l’établissement d’un protectorat sur le Cambodge. Les premiers jalons du futur Empire auront donc été posés en réaction aux épreuves d’incertitudes traversées par le pays. Comme un besoin d’entreprendre des conquêtes lointaines, loin du tumulte européen.

Ainsi le Second Empire colonial ne deviendra réalité qu’après une nouvelle défaite sur le continent : la défaite de Sedan de 1870. Cette dernière fera apparaître une nouvelle fois, suite notamment aux amputations territoriales, la nécessité de développer un domaine colonial ambitieux. Et le krach boursier de Vienne, en 1873, ne fera qu’accélérer ce phénomène, obligeant les dirigeants à se recentrer davantage sur leur quête aux colonies.

Ce nouveau sursaut imposera aux dirigeants de rationaliser le nouvel Empire, afin de le pérenniser et d’en faire un élément naturel et inséparable à l’existence du pays.

C’est à cet effet que la gestion des colonies sera progressivement retirée à la Marine – qui en avait la responsabilité jusqu’alors – pour aboutir à la création d’un Ministère des colonies à part entière, en 1894.

Parmi ceux ayant occupé ce poste, Albert Sarraut, fut sans nul doute l’un des plus ardent défenseur du fait colonial français. En effet, il aura été l’un des pionniers de ce nouvel élan impérialiste, en s’efforçant de justifier les interventions extérieures, par des causes plus profondes et humanistes que celles qui avaient animé les campagnes coloniales d’auparavant. Les premières fonctions qu’il aura occupées en tant que Gouverneur d’Indochine de 1911 à 1914 et de 1917 à 1919, puis celles de Ministre des colonies de 1920 à 1924, lui auront permis de développer une réflexion personnelle en la matière. Et ses nombreuses interventions, au contact des territoires d’Outre-mer et des populations indigènes, contribuèrent à donner une force importante à ses discours auprès de ses contemporains, en considération de sa stature d’administrateur colonial aguerri que l’expérience du terrain lui avait façonné. Il rédigea ainsi sa première œuvre militante en 1922 : « Mise en Valeur des Colonies Françaises » où il se fera le défenseur d’un certain altruisme colonial, selon lequel la contrepartie économique au bénéfice du colonisateur se doit d’être accompagnée de développements d’infrastructures, ou encore d’actions sanitaires et sociales, en faveur des peuples colonisés. Tel doit être le but de la politique indigène, selon l’auteur, devant garantir alors « la conservation de la race.[2] » Mais le pays ne s’y emploiera que de manière limitée, à l’aide notamment de prêts garantis par la métropole, restant cependant toujours à la charge des colonies.

Albert Sarraut, au travers de ce premier livre, employait un langage incisif quant aux instructions qu’il entendait que l’Empire suive pour le redressement et l’expansion de ce dernier. En totale opposition avec sa seconde œuvre : « Grandeurs et servitudes coloniales » parue en 1931, où un ton beaucoup plus mesuré que dans les années 1920 laissait entrevoir un auteur inquiet et préoccupé sur un avenir colonial incertain pour le pays, et ce, à juste titre. Car entre temps, la Grande Dépression de 1929 vint fragiliser la lente reconstruction qu’avait entrepris la Nation, au terme d’un premier conflit mondial particulièrement meurtrier pour la France. Et même si le pays résista assez bien aux premiers chocs infligés par cette crise, le contrecoup de 1931 n’en sera que plus terrible. C’est pourquoi les dirigeants décidèrent, encore une fois, de se recentrer sur leur domaine d’Outre-mer, en imposant un commerce quasiment exclusif avec ce dernier. L’Exposition coloniale de Paris en 1931 symbolisera d’ailleurs à elle seule l’ampleur de ce repli sur l’Empire orchestré par la France.

C’est dans ce contexte général troublé que la parution de « Grandeurs et Servitude Coloniales » nous délivre un message porteur de tous les éléments essentiels de la pensée coloniale qui jalonnera le 20ème siècle. Il offre ainsi à ses lecteurs un exemple cohérent d’interrogations qui se poseront jusqu’à la période de la décolonisation, en parvenant à exposer clairement les considérations de l’époque, sur l’utilité de l’action coloniale, se positionnant alors clairement en faveur du maintien de la domination européenne sur leurs Empires. Car l’étude d’Albert Sarraut ne se borne pas aux seules limites des possessions françaises, il élève au contraire sa réflexion et l’inscrit dans un mouvement planétaire pour mieux en cerner les angoisses latentes et universelles, cristallisant de cette manière les principaux défis que les grandes puissances coloniales devront relever au cours des prochaines décennies.

La problématique de ce rapport de recherche est donc la suivante : Comment Albert Sarraut, au travers de son livre « Grandeurs et Servitudes Coloniales » et de ses nombreuses interventions gouvernementales, parvient-il à caractériser les notions paradoxales que sont celles des bienfaits de l’œuvre coloniale, qui constitueront par la suite les contraintes du colonisateur ?

Le double défi qui s’impose à Albert Sarraut en cette période charnière d’avant-guerre, et donc avant tout de légitimer, pour ainsi pérenniser, l’action coloniale française, et plus largement européenne, pour, de cette manière, cristalliser les bienfaits de cette entreprise au travers du prisme de la nécessité de l’établissement de ces Empires. (Partie I)                                                                                                                                Mais cependant la réflexion de l’auteur ne s’arrêtera pas au simple bilan réalisé par les Empires coloniaux. Après en avoir démontré ses causes profondes et ses vertus, il évoquera les périls auquel s’exposent ces derniers, du fait d’un non renouvellement de leur doctrine coloniale, devant sans cesse être remise en cause. (Partie II)


 Références

[1] Léon Blum, le 9 juillet 1925, à la Chambre des députés.

[2] La Mise en valeur des colonies françaises, Payot, Paris, 1923, p.36.

La royauté mérovingienne

Pharamond élevé sur le pavois, par Pierre Revoil (1845)


LA ROYAUTÉ MÉROVINGIENNE

On considère Clovis (466-511), fils de Childéric Ier (440-481), comme le véritable fondateur de la dynastie mérovingienne, laquelle finira avec Childéric III (714-755), déposé en 751 par Pépin le Bref, premier souverain carolingien. Entre temps, quelques trois siècles d’une histoire marquée par la montée en puissance puis par le déclin de l’autorité royale. Notre article comprendra donc deux volets, le premier consacré aux caractères de la royauté mérovingienne, le second aux évolutions qu’elle rencontra.

Les caractères de la royauté mérovingienne

De par son alliance avec l’Église, la royauté mérovingienne est d’abord une royauté de droit divin. C’est Clovis, avec son baptême (498), qui jette les bases d’une nouvelle légitimité à même de retrouver l’unité perdue avec la déliquescence de l’autorité romaine – toujours, depuis la chute de l’Empire romain, l’Europe resta hantée par le souvenir et le rêve impérial. « L’Église offre au souverain un appareillage conceptuel lui permettant de justifier son pouvoir aux yeux de ses sujets »1. Alors le roi devient « le lieutenant de hDieu sur la terre » – c’est-à-dire le garant de l’ordre politique et social2 – la royauté se fait providentielle, et la personne du roi intouchable. À l’instar de l’empereur romain dont il se veut le successeur, la personne du roi constitue le fondement de l’équilibre social – souvenons-nous que les Francs sont au départ plus un rassemblement, une confédération de tribus diverses et variées qu’un seul et même peuple !

Ce qu’il nous faut par ailleurs relever dans tout cela est que le roi mérovingien possède non-seulement une légitimité de fait (il doit notamment faire preuve de ses capacités guerrières, la vocation du royaume étant largement militaire3), mais aussi de droit puisque cette mission d’assurer la permanence de l’ordre dans le monde tumultueux des choses humaines n’est pas attribuée par l’Église à un personnage unique mais à une famille, celle des mérovingiens ; d’où une légitimité dynastique représentant un important facteur de stabilité (et une innovation vis-à-vis du monde romain) puisque la contestation du pouvoir ne pourra plus se faire que par l’action, mais devra également passer par les idées4.

La contrepartie consista en un véritable poids de l’Église sur l’autorité royale. Si elle fournissait au roi mérovingien les moyens d’affermir son autorité et d’unifier son royaume, cet apport n’était pas gratuit, l’institution donnant au roi des obligations envers elle, et des droits à son encontre. Les évêques, dont le rôle n’ira que grandissant, affirment leur droit de conseiller les rois5, lesquels se doivent par ailleurs d’assurer la protection de la personne et des biens des clercs6 : témoin le fameux épisode du vase de Soissons, qui témoigne bien de l’importance donnée par les souverains mérovingiens aux vœux de l’Église. Le roi doit encore s’assurer que l’ordre règne dans l’Église (ce sera le rôle des conciles7), et faire respecter les canons sur le plan civil8.

Il va sans dire que l’Église s’assure ainsi un certain contrôle du temporel, la séparation posée entre le spirituel et le temporel restant donc loin d’être étanche. « Clovis rendit les évêques tout puissants […] il fut le roi des évêques »9 écrit Jacques Ellul, pour qui l’Église devient alors véritablement un « organe de l’État »10. Le roi intervient dans les domaines administratifs de l’Église, et les évêques prennent part au gouvernement, surveillent les comtes dans les provinces11, s’occupent de l’assistance, de l’instruction12. Ainsi la doctrine chrétienne trouve-t-elle un canal de pénétration du monde temporel, d’autant plus que le pape Grégoire le Grand13, à la fin du VIe siècle, affirme que les rois, outre veiller sur l’Église, doivent subordonner leur politique à sa morale14. Il ne faut bien sûr pas comprendre les choses de manière trop stricte : le roi reste le roi, et la plupart des déviations sont tolérées ; toutefois, il reste vrai que dépassé une certaine limite les évêques « s’érigent en contre-pouvoir »15, tels Charibert Ier excommunié en 568, ou Théodebert Ier faisant pénitence dans les années 540.

Il apparaît donc que l’autorité du roi mérovingien oscille entre ses prétentions « absolutistes » et le poids de l’Église. Nous restons dans le cadre de la continuité entre les mondes romain et franc : l’évêque de Milan Ambroise n’avait-il pas obligé l’empereur Théodose à faire pénitence suite au massacre de Thessalonique ?

Mais il est un point sur lequel les deux mondes se différencient radicalement : il y a chez les mérovingiens disparition du concept d’État16, appréhendé comme la continuité de l’autorité politique indépendamment de l’apparition ou de la disparition de ceux qui l’exercent. Or les dispositions prises par un souverain mérovingien ne valent que pour la durée de sa vie17, et, à sa mort, son successeur doit reconquérir tous les grands qui avaient prêté serment à son prédécesseur. D’où se dégagent deux caractères propres de la royauté mérovingienne :

Il s’agit d’une royauté patronale (le roi est senior). Il y avait chez les Francs ce qu’on appelle le leudesamio, qui est un serment de fidélité des grands – ici appelés leudes – envers le roi. Ce dernier est donc avant tout le chef d’un groupe de proches, de fidèles, qui prêteront à leur tour serment avec d’autres personnes, d’origine sociale plus basse18. Entre le roi et son peuple,bien grande est donc la distance, et le lien lâche ! On a là les prémices et les origines de l’organisation socio-politique de l’époque féodale.

Il s’agit encore d’une royauté patrimoniale (le roi est dominus). Le royaume constitue la propriété personnelle du roi, y compris les droits d’État, c’est-à-dire droits de juridiction, d’impôt, de commandement …19 Le roi dispose de tout cela à sa guise, et c’est ainsi que les derniers mérovingiens purent se ruiner et démembrer la puissance publique – nous y reviendrons.

Les règles de transmission de la couronne sont prévues dans la loi salique, qui ne renvoie alors pas aux seule règles de successions (ça c’est la loi salique du bas Moyen Âge, fragment retravaillé de la loi salique originaire), mais à un code de lois construit pour les Francs saliens (d’où son nom). Il y est prévu que le partage de la couronne et des terres se fera à égalité entre les fils20. Pas de droit d’ainesse, d’où, très logiquement, et malgré le frein que représentaient les fréquentes guerres de succession, un problème de morcellement du royaume – plusieurs royaumes francs coexistaient simultanément, et tous leurs rois étaient Rex Francorum … – tout à fait nuisible à l’affirmation de l’autorité royale.

Mentionnons enfin que le roi, théoriquement, dispose de deux pouvoirs : le mundium, en vertu duquel, se devant justicier et protecteur de son peuple, il peut « affirmer sa garde sur certaines personnes ou certains lieux »21 ; le ban, en vertu duquel le roi peut donner les ordres qu’il souhaite, intervenir administrativement, militairement, législativement, etc, et ceci a priori sans limite22.

« A priori », car dans la pratique l’autorité du roi mérovingien ne fut que rarement aussi absolu que le laisse entendre cet exposé théorique …

Grandeur et décadence de la royauté mérovingienne

La dynastie mérovingienne se termine avec ceux que l’histoire a retenu sous le nom de « rois fainéants », ainsi nommés parce qu’ils n’auraient eu de roi que le titre … On doit cette appellation à Eginhard, biographe de Charlemagne, qui écrit dans sa Vie de Charlemagne :

« Les trésors et les forces du royaume étaient passées aux mains des […] maires du palais, à qui appartenait réellement le pouvoir. Le prince était réduit à se contenter de porter le nom de roi, d’avoir les cheveux flottants et la barbe longue23, de s’asseoir sur le trône, et de représenter l’image du monarque »24.

Le maire du palais (major domus) est l’intendant de la maison du roi, le deuxième homme du royaume. Chef de l’administration, il exerce une partie du pouvoir royal pendant la minorité du souverain25. Or, à partir du VIIe siècle, ce personnage va prendre de plus en plus d’importance, de plus en plus de pouvoir, jusqu’à en arriver au point où, en 751, un maire du palais, Pépin le Bref, va, avec l’accord du pape, déposer Childéric III, le dernier des rois mérovingiens.

Comment en sommes-nous arrivés là ? D’abord, de Clovis à Dagobert, il y a construction et consolidation de l’autorité royale. Le règne de Dagobert (629-639) représente l’apogée du monde mérovingien et correspond à ce qu’on a appelé la « seconde fondation du Royaume », qui « permet d’imposer la représentation d’un peuple ordonné autour d’une lignée royale fondant sa puissance surnaturelle dans le sacré chrétien, avec projection dans le passé et manipulation des origines royales »26. Bref, sous Dagobert personne ne doute de l’origine divine du pouvoir royal, et de l’impossibilité de le remettre en cause – c’est d’ailleurs sous son règne qu’est établie la première généalogie royale27.

Mais passé ce point culminant, sous les coups conjoints des grands et du maire du palais, la chute commença, et l’on pu arriver aux rois fainéants. Deux facteurs sont à l’origine de ce mouvement.

Le premier réside dans le principe dynastique lui-même. À partir du VIIe siècle, sont mis sur le trône de plus en plus de rois mineurs. Il faut savoir qu’une des principales fonctions du monarque mérovingien est militaire : il a une vocation guerrière ; or il est naturel qu’il ne saurait l’assumer durant sa minorité, pas plus que la régente, sa mère, qui doit alors conjuguer avec les Grands, dont le soutien est nécessaire et qui cherchent à profiter de la situation. Du fait de la prolifération de rois mineurs, le principe dynastique conduit in fine à un renforcement de l’aristocratie28. De même le maire du palais, face à un roi mineur et à une régente, a tout le loisir d’étendre son emprise sur l’administration du royaume.

Le caractère patronal de la monarchie ensuite est une cause directe de la perte de l’autorité royale puisque, à mesure que les leudes s’attachaient le peuple, le roi, lui, s’en éloignait, pour n’être finalement plus qu’une figure, une « image » comme écrit Eginhard : on ne le vit plus comme la source d’où jaillissait l’autorité politique.29 Là aussi, la porte fut ouverte aux Grands et au maire du palais pour affirmer leur pouvoir, le caractère patrimonial de la royauté mérovingienne ne faisant qu’aggraver les choses puisque le souverain avait tendance à se séparer de nombre de ses propriétés, droits comme terres30.

Par ailleurs, au niveau extérieur le monde mérovingien est à partir du VIIIe siècle en proie à une série d’invasions : frisons, saxons, arabes … Tous ces ennemis furent vaincus31, cependant par un personnage qui n’était pas roi mais maire du palais : Charles Martel. L’essence de la royauté mérovingienne étant guerrière, il semble que l’on ait là le coup final porté à l’autorité des rois mérovingiens. Martel ne peut se résoudre à déposer le roi. Son fils, cependant, Pépin le Bref, franchit le Rubycon : avec l’autorisation du pape, il dépose en 751 Childéric III, et se fait proclamer roi à Soissons par une assemblée de Grands32.

Le monde mérovingien s’écroule avec ce dernier roi qui finira sa vie dans un monastère, pendant que Pépin, lui, fonde la dynastie des Carolingiens.

childeric-iii

Le dernier des mérovingiens, Childéric III, par Évariste-Vital Luminais (1883)


Références

1COUMERT (Magali) et DUMÉZIL (Bruno), Op. cit., p. 117.

2« C’est surtout la conversion au christianisme, religion monothéiste, qui a permis au roi de supplanter les reges subalternes en s’identifiant à un dieu unique et indivisible, supérieur à tous les autres dieux. Le christianisme, dans sa version impériale, a donc conféré à Clovis et à ses descendants une nouvelle sacralité, en particulier dans la mission religieuse de gouverner l’Église et d’assurer l’ordre dans le royaume, mais aussi avec l’assimilation du principe vital qu’est la loi ». LE JAN (Régine), « La sacralité de la royauté mérovingienne », Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2003/6 (58e année), p. 1226

3LE JAN (Régine), Op. cit., p. 40.

4Régine le Jan précise que cette légitimité dynastique n’est pas encore totale (ce qui restera le cas pour à peu près tout le monde médiéval) puisqu’elle doit composer avec des éléments de fait et qu’elle ne s’est imposée que progressivement (LE JAN (Régine), « La sacralité de la royauté mérovingienne », Op. cit., p. 1230).

5COUMERT et DUMÉZIL, Op. cit.,, p. 118.

6Ibid., p. 119.

7Un concile est une réunion de tous les évêques par le roi, ou avec son autorisation.

8Ibid.

9ELLUL (Jacques), Op. cit., p. 49

10Ibid., p. 50.

11Ibid.

12Ibid., p. 53.

13Grégoire Ier, dit Grégoire le Grand, fut pape de 590 à 604.

14ELLUL (Jacques), Op. cit., p. 51.

15COUMERT et DUMÉZIL, Op. cit., p. 120.

16Il existe un débat sur cette question de la disparition de l’État chez les mérovingiens. Pour certains, tel Jacques Ellul (et c’est la vision la plus traditionnelle et majortiaire), elle est complète, entrainant disparition de l’intérêt public et de la notion de pouvoir public (cf. Op. cit., p. 58). Pour d’autres, tel Bruno Dumézil, des éléments étatiques persistent, telle la notion de fisc, une liste des « terres publiques » étant tenue par les rois mérovingiens (DUMÉZIL (Bruno), « Le bon temps des rois mérovingiens », L’Histoire, n°358, pp. 44-45). Le même Bruno Dumézil montre par ailleurs que la civilisation mérovingienne n’est pas absente de « réflexions sur le sens de l’État », et, mieux encore, sur le sens du « bien commun » (DUMÉZIL (Bruno), « Écrire pour le bien de tous : définition et éloge du bien commun dans les correspondances de l’époque mérovingienne », Revue Française d’Histoire des Idées Politiques, 2010/2 (n°32), p. 231).

17ELLUL (Jacques), Op. cit., p. 58.

18Ibid.

19Ibid., p. 59.

20Ainsi quand Clovis décède en 511 son royaume est-il partagé entre ses quatre fils : Thierry, qui obtient l’Austrasie ; Clodomir, à qui revient le royaume d’Orléans ; Childebert, héritant du royaume de Paris ; Clotaire enfin, qui reçoit la Neustrie. Ce n’est qu’en 1108 que sera proclamé le droit d’ainesse.

21ELLUL (Jacques), Op. cit., p. 60.

22Ibid.

23Un des signes de la royauté chez les mérovingiens était la longue chevelure. Il fallait, pour être roi, porter les cheveux longs.

24Eginhard, Vie de Charlemagne

25ELLUL (Jacques), Op. cit., p. 61.

26LE JAN (Régine), Les Mérovingiens, Op. cit., p. 33.

27Ibid., p. 32.

28Ibid., pp. 33-34.

29ELLUL (Jacques), Op. cit., p. 77.

30Ibid., p. 59.

31Quand Charles Martel défait les Arabes à Poitiers en 732.

32ELLUL (Jacques), Op. cit., p. 77.


SOURCES

COUMERT (Magali) et DUMÉZIL (Bruno), Les royaumes barbares en Occident, Paris, PUF, « Que Sais-Je », 1re éd., 2010

DUMÉZIL (Bruno), « Le bon temps des rois mérovingiens », L’Histoire, n°358.

DUMÉZIL (Bruno), « Écrire pour le bien de tous : définition et éloge du bien commun dans les correspondances de l’époque mérovingienne », Revue Française d’Histoire des Idées Politiques, 2010/2 (n°32), pp. 231-243.

ELLUL (Jacques), Histoire des institutions. Le Moyen Âge, Paris, PUF, « Quadrige », 2013 (1956)

LE JAN (Régine), « La sacralité de la royauté mérovingienne », Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2003/6 (58e année), pp. 1217-1241.

LE JAN (Régine), Les Mérovingiens, Paris, PUF, « Que Sais-Je », 2015

Grégoire de Tours, Histoire des francs